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Core ideas
Un livre découvert tard. La chroniqueuse a découvert Si c'est un homme l'été précédent à la bibliothèque de son quartier et en a eu un coup de cœur. Elle rappelle que Primo Levi, chimiste juif italien, a été arrêté à vingt-quatre ans à Turin pour activités antifascistes, a passé un an à Auschwitz et a publié le livre en 1947 : il ne s'en est vendu que 2 500 exemplaires, personne ne voulant savoir ce qui s'était passé dans les camps, et il a fallu attendre 1958 pour les traductions et le succès mondial. Levi est resté chimiste jusqu'à sa mort en 1987, et la thèse du suicide est de plus en plus remise en question.
Écrit sans haine. Ce qui distingue le livre selon elle, c'est qu'il est écrit « calmement, posément, sans haine », loin des descriptions sanglantes : Levi parle d'une « entreprise de démolition » qui visait à faire des déportés des larves, des sous-hommes, en les affamant, et il dit que la survie tient à peu de chose, au hasard plus qu'à l'intelligence (on choisit au hasard qui sera gazé). Lui a eu la chance, en tant que chimiste, d'être placé dans un laboratoire le dernier hiver, et il reste reconnaissant à Lorenzo, un ouvrier civil italien qui lui a apporté chaque jour une demi-tranche de pain pendant six mois. Elle souligne ses réflexions sur la langue : au camp, on ne dit pas « j'ai faim » mais « nous sommes la faim ».
Pourquoi le lire aujourd'hui. Elle cite le poème d'ouverture (« Considérez si c'est un homme [...] N'oubliez pas que cela fut ») et la phrase « c'est arrivé, cela peut donc arriver de nouveau », brandie sur des pancartes à Berlin à l'anniversaire de la nuit de Cristal. Dans la postface de 1976, Levi explique que la majorité des Allemands ne savaient pas « parce qu'ils ne voulaient pas savoir », tout en disant ne pas haïr le peuple allemand, et il cite Hitler appelant à se méfier de l'intelligence et à croire aux instincts, ce qui la conduit à dire qu'« il faut se méfier des chefs charismatiques ». Elle rapproche ces textes des 700 000 Rohingyas dans des camps, des 65 millions de réfugiés dans le monde, de gouvernements autoritaires au vernis démocratique, et conclut que la lutte contre l'intolérance et la haine est aussi fondamentale que le changement climatique, y compris au Québec.
Excerpts
“« C'est pas nécessairement les plus intelligents qui survivent. »”
“« parce qu'ils ne voulaient pas savoir ou plutôt parce qu'il voulait ne rien savoir. »”
“« il faut se méfier des chefs charismatiques. »”