Vovelle, Michel
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique d'une conférence d'environ trois quarts d'heure suivie de questions.
Core ideas
Michel Vovelle part du peu de succès de son livre, signe peut-être que « la Révolution est terminée », selon la formule de François Furet, son « ami et ennemi intime », devenue slogan dans les médias du bicentenaire. Il remarque que chaque acteur révolutionnaire, des Feuillants à Robespierre, au Directoire, puis Bonaparte et Guizot, a voulu « terminer » la Révolution. Après l'implosion des régimes socialistes, certains, comme Vittorio Strada dans le volume de Furet de 1989, déclarent clos le cycle ouvert par 1789. Vovelle pose une question en apparence naïve : la Révolution française est peut-être la seule dont l'héritage n'ait pas été remis en cause. Il distingue l'héritage, ce qui reste vivant dans nos institutions et nos façons de penser, de la mémoire, plus fragile, qui se réinvente en image, légende ou mythe. Il énumère d'abord une douzaine de « notions-concepts ». La révolution elle-même se distingue des révolutions atlantiques par son ambition d'universalité au nom du droit naturel. Viennent ensuite les droits de l'homme, avec leurs limites (Juifs émancipés en 1791, esclaves en 1794, femmes oubliées, citoyens passifs) mais aussi leur capacité d'extension, puis le citoyen, qui succède au sujet. S'y ajoutent l'État désacralisé et la constitution, les questions de la démocratie (exécutif et législatif, démocratie directe ou représentative), la tentation bonapartiste, la nation et la patrie, et enfin une République qui n'allait pas de soi et reste « sans cesse à construire ».
Il n'esquive pas la face d'ombre : la violence, à expliquer par les circonstances plutôt que par la « dérive » de Furet, la peur décrite par Georges Lefebvre, l'image du « singe lubrique et méchant » de Taine, la Constitution civile du clergé. La carte du serment constitutionnel dessine durablement une France de droite et une France de gauche. L'héritage matériel est tout aussi profond. La féodalité et la société d'ordres sont abolies, et la vente des biens nationaux, environ 15 % du sol, n'a jamais été remise en cause. Il cite aussi la liberté d'entreprendre, le département et le système métrique (le calendrier, lui, a échoué), le militant jacobin, l'espace public de la presse, le Code civil et la première séparation de l'Église et de l'État. Le bilan de la mémoire semble plus sombre. Les sondages du bicentenaire révèlent une image floue : la Bastille et la Déclaration reviennent seulement si on les suggère, et La Fayette et Bonaparte devancent Danton et Robespierre. La campagne a pourtant presque doublé les jugements positifs. La place de la Révolution dans les programmes scolaires a chuté de 30-40 % de l'année à 2 % avant de remonter, et la commission Jaurès a été supprimée. « Les symboles meurent aussi » : la Marseillaise est tantôt sifflée au stade, tantôt chantée main sur le cœur, et Marianne est devenue top-modèle.
La mémoire se réinvente aussi. Les associations et les autorités locales se sont mobilisées en 1989. À droite, la Vendée devient une « région-mémoire » (Jean-Clément Martin) jusqu'au spectacle du Puy du Fou. Une « mémoire enfouie » persiste dans la géographie politique : Vovelle superpose provocativement les cartes révolutionnaires (refus du serment, sociabilité méridionale, gauche de 1792-1798) au second tour de 2007. La « fièvre mémorielle » de 2005-2006 autour de la colonisation et de l'esclavage a fait de Napoléon, rendu responsable du rétablissement de l'esclavage, la victime d'une « embuscade posthume » : la France n'a pas célébré Austerlitz quand l'Angleterre fêtait Trafalgar. Viennent enfin la « foire aux symboles » de la campagne présidentielle et une mémoire anecdotique centrée sur Marie-Antoinette. Dans la discussion, il souligne le rayonnement mondial de 1789 dans l'éveil des nationalités. Il juge ouverte la question d'une modernité sans violence, en la comparant aux voies prussienne et anglaise et à la guerre de Sécession américaine. Pour lui, la Restauration ramène des rois devenus « fantômes », selon le mot de Jaurès. La lecture de la Révolution comme révolution bourgeoise remonte à Barnave et Guizot avant Marx, et l'égalité de la Déclaration, d'abord limitée, a été poussée par la dynamique interne de la Révolution. Il évoque enfin la tradition de la chaire de la Sorbonne, d'Aulard à Soboul, aujourd'hui menacée par un « consensus mou ».
Excerpts
Michel Vovelle sur la singularité de la Révolution française :
“c'est euh la Révolution française c'est la seule euh dont les résultats l'héritage ou tout du moins une partie d' d'entre lui n''est pas été remise en cause aujourd'hui et c'est le questionnement que je me suis posé dans ce livre 1789 l'héritage et la mémoire en suivant les deux filières de l'héritage et de la mémoire”
Michel Vovelle sur la distinction entre héritage et mémoire :
“la mémoire prétend transmettre l'héritage mais l'héritage ne se réduit pas à la mémoire l'une et l'autre sont sensibles aux attaques du temps”
Michel Vovelle sur la République léguée par la Révolution :
“alors de quelle république sommes-nous les héritiers la révolution nous a laissé à la croisée des chemins avec l'idée que la République est sans cesse à à construire”