Nora, Pierre & Perrot, Michelle & Burguière, André & Pomian, Krzysztof & Heurgon, Édith
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La table ronde examine les « tribunes » que Jacques Le Goff a utilisées pour faire vivre l'histoire : le livre, la radio, la revue, l'engagement polonais, et un séminaire avec la RATP. Pierre Nora, qui l'a connu dès 1962-63 et publié une partie de ses livres, rappelle l'étendue de ses publications (manuels, grandes collections, livres d'entretiens, livres d'images) et le rôle de Le Goff dans la genèse de Faire de l'histoire (1974, avec Jacques Revel), né d'une idée de Michel Foucault et devenu un panorama de l'historiographie, un moment « intermédiaire » plutôt que l'avènement de la « nouvelle histoire ». Il décrit aussi un paradoxe : Le Goff, très prolifique, n'était pas à l'aise avec l'écriture des livres (écriture nocturne et effervescente, livres difficiles à terminer comme Saint Louis, qu'il n'aurait pas achevé sans Revel).
Michelle Perrot parle des Lundis de l'histoire : émission fondée en 1967 par Pierre Sipriot, animée par Le Goff de 1968 à 1972 puis par d'autres, qu'il a gardée en « ballon d'oxygène » jusqu'à sa mort (enregistrée chez lui à la fin). Il voulait s'adresser à un large public tout en s'appuyant sur des historiens professionnels, contre une « histoire divertissement », en pensant le temps, en créant de nouveaux objets (émotions, images, signature), avec une lecture de textes par un comédien, Jean-Pierre Leroux. André Burguière, secrétaire de rédaction des Annales pendant six ans, souligne son esprit d'égalité, de discussion collective et de stratégie éditoriale, et le « tournant anthropologique » de la revue, qu'il compare à celui de Le Roy Ladurie, à partir du numéro spécial sur l'histoire biologique.
Krzysztof Pomian aborde l'attachement de Le Goff à la Pologne, son « second pays » : par l'amour (sa femme Hanka) et l'amitié (Witold Kula, Bronisław Geremek), dans une Pologne de gauche qu'il distingue d'une Pologne catholique ; par une trajectoire intellectuelle partagée de l'histoire économique et sociale vers l'histoire anthropologique ; puis, après 1981, par un engagement concret : aide aux chercheurs polonais réfugiés, signature de pétitions, soutien à Solidarność, avec son bureau devenu une sorte de « Pôle emploi » pour exilés. Il note aussi qu'il n'avait jamais été membre du Parti communiste, ayant vu Prague en 1948. Édith Heurgon présente le séminaire RATP-Université « Crise de l'urbain, futur de la ville » (1981-1989), présidé par Le Goff avec Marcel Roncayolo, avec colloques, publications et entretiens vidéo : pour lui, le chercheur doit être libre mais ancré dans la société présente, et l'imaginaire fait partie de la réalité ; il l'a ensuite accompagnée à Cerisy. Pierre Nora conclut en rappelant que Le Goff a conseillé presque toutes ses entreprises éditoriales (Lieux de mémoire, histoire du temps présent, refus d'un livre d'Hobsbawm).
Excerpts
“il y a un paradoxe qui domine je crois le rapport de Le Goff au livre il en a écrit énormément de toute nature et cependant je crois qu'il nétait pas tellement à son aise avec l'écriture des livres c'était un esprit extraordinairement fécond créatif il écrivait en force comme vous savez la nuit”
“il voulait s'adresser à un large public voilà euh c'est l'idée de la transmission qu'il fallait sortir des cénacles de de la fabrication de l'histoire en quelque sorte pour véritablement sadress au plus large public possible mais en même temps il fallait s'appuyer pour cela sur des professionnel par là il entendait il le précise des professionnels de l'histoire”
“j'ai toujours pensé que mon métier d'historien s'enrichissait de ce type d'expérience je suis un historien dont le champ de recherche principale est le moyen-âge mais le métier d'historien c'est en réalité la compréhension du temps présent et de la société présente dans la longue durée qui me motive et m'excite”