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Podcasts/Andrea Cirla/Ladurie, Emmanuel Le Roy

Ladurie, Emmanuel Le Roy

historien, professeur au Collège de France, auteur de Montaillou, village occitan

L'émission est conduite par la journaliste Guitta Pessis-Pasternak, qui pose les questions et lit des extraits de Montaillou ; un texte de présentation est lu par un comédien. Les sous-titres sont automatiques et approximatifs par endroits.

Recherches et pensée contemporaines. La nouvelle histoire des mentalités ● Emmanuel Le Roy Ladurie

Andrea Cirla · Nov 26, 2023

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Core ideas

Cette émission d'avril 1984 présente la « nouvelle histoire des mentalités » à travers les travaux de Le Roy Ladurie, et notamment Montaillou, village occitan du XIVᵉ siècle connu grâce au registre d'Inquisition de l'évêque Jacques Fournier. Sur la nature de l'histoire, il admet qu'elle s'écrit au présent (intérêt actuel pour la mort, la fête, les femmes) mais soutient qu'un consensus se forme entre historiens dès lors que les critères sont scientifiques et fidèles aux documents ; il défend une certaine universalité de l'histoire malgré les fonctions nationales et pédagogiques, et critique les histoires orientées par l'idéologie (il cite Soboul, par opposition à Furet ou à Cobban). Il note que l'historien des archives (du Moyen Âge à l'époque moderne) dispose d'une documentation en expansion depuis l'invention du papier au XIIIᵉ siècle, contrairement à celui de l'Antiquité.

Il refuse l'idée que les sources reflètent seulement les classes dominantes (un intendant ou un curé voient le réel de plus près qu'un bureaucrate moderne) et met en garde contre l'idéalisation du passé : le progrès existe mais en « montagnes russes », et la vie d'autrefois (épidémies, mortalité infantile, condition des femmes) n'avait rien d'un paradis. Sur la méthode, il se dit ni marxiste ni freudien : il garde de Marx l'approche par les masses et les classes mais rejette l'eschatologie, et juge Lacan peu sérieux pour l'historien ; il répond à Michel Serres en invoquant Louis Dumont (la hiérarchie comme colonne vertébrale des sociétés anciennes) et rappelle que les « méchants faits » font sauter les belles théories, tout en reconnaissant le rôle irremplaçable de la subjectivité de l'historien face à un riche document. Il voit un lien partiel entre la crise du marxisme et le tournant culturaliste, tout en défendant l'histoire économique de Braudel, juge que la « nouvelle histoire » n'existe pas en tant que telle (c'est l'école des Annales, née dans les années 1920) et souhaite que l'école garde une histoire chronologique et nationale.

La deuxième moitié porte sur Montaillou. Le registre de Fournier, « grand intellectuel » et « grand policier », est un miroir exceptionnel de la vie villageoise, que l'orateur n'estime pas faussé par l'optique de l'Inquisition, dont il nuance l'image (une « police spirituelle » aux méthodes parfois sans bûcher). Il situe le catharisme comme un christianisme ascétique de pureté (refus de la femme, de la viande, du sang), à comparer à l'éthique puritaine et janséniste étudiée par Max Weber, et décrit un village où les alliances de parenté, d'amitié et de clientèle comptent plus que la lutte des classes, structuré par la domus (maison) ; le curé Pierre Clergue y joue un rôle de médiateur ambigu face à la société englobante. Il évoque aussi la culture populaire mêlant christianisme, restes païens et magie (les benandanti de Ginzburg), la dîme comme fil rouge des contestations paysannes, et pourquoi l'Occitanie n'a pas constitué un État face à la France.

Excerpts

“au fond la grande démarcation c'est le 13e siècle c'est-à-dire à partir du moment où nous arrive de Chine cette nouvelle invention qui est le papier et à partir du moment où il y a du papier non plus seulement du parchemin qui coûte très cher la documentation se multiplie immensément et pour le moment du moins on peut dire que il y a beaucoup plus de documents qu'il n'y a d'historiens”

“nous savons bien que notre 20e siècle n'a pas donné que des exemples de progrès nous avons eu des génocides des holocaustes des des guerres nous som même menacé éventuellement par une guerre d'anéantissement”

“et montaou c'est cela c'est-à-dire au lieu d'une vision agrégative macroscopique de tout en haut c'est une vision microscopique qui nous révèle me semble-t-il des choses que la vision habituelle ne ne nous donne pas”