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Le conférencier poursuit une histoire chronologique du groupe Socialisme ou Barbarie (revue et organisation de la gauche révolutionnaire française, issue du trotskisme) et traite ici les années 1958-1960. Il rappelle d'abord le cadre : le 13 mai 1958 et le retour de de Gaulle, la Constitution de la Vᵉ République massivement approuvée, la guerre d'Algérie (rappel de nombreux chiffres : espérance de vie très inégale entre musulmans et Européens, collèges électoraux inégaux, bilan humain discuté entre le chiffre officiel algérien d'un million de morts et les 300 à 400 000 que retiennent des historiens comme Benjamin Stora), et la position de la gauche qui vote les pouvoirs spéciaux. Il annonce qu'il traitera surtout du « troisième aspect » de la bureaucratisation selon le groupe, celle du tiers-monde, à travers deux cas, l'Algérie et la Chine, qui diffèrent des deux premiers aspects étudiés auparavant (bureaucratie soviétique, bureaucratie du capitalisme moderne).
Sur le gaullisme, il oppose l'analyse du PCF (danger fasciste, pouvoir personnel) à celles du numéro 25 de la revue. Claude Lefort y voit un pouvoir fort mais « éclairé », qui défend l'intérêt général des couches dominantes modernisatrices face au Marché commun et aux secteurs arriérés (paysannerie, petits commerçants, héritage poujadiste), sans menace fasciste réelle, car le prolétariat est largement indifférent. Castoriadis (sous le pseudonyme Chaulieu) partage une partie du diagnostic, avec une image d'une France à deux vitesses et d'un patronat « américanisé » prêt au compromis fordiste, mais insiste sur le risque de tensions sociales et préconise un journal national ouvrier plutôt que de simples bulletins d'entreprise. Tous refusent la « défense de la République » et le front antifasciste, et réclament l'indépendance de l'Algérie, pas seulement la paix négociée.
Ce désaccord débouche sur la première vraie scission du groupe : Lefort et Simon (Henri Simon, alias Bertier) quittent pour fonder Informations et liaisons ouvrières, en rejetant l'idée de parti ; la majorité (une trentaine contre une vingtaine) crée l'organisation et le journal Pouvoir ouvrier, avec cellules à Paris et en province, discipline collective, un bulletin ronéotypé tiré à environ 1 300 exemplaires et jusqu'à 87 adhérents en 1961, dont 56 étudiants et seulement 6 ouvriers (la « génération Lyotard » née de l'Algérie). Le conférencier voit une faiblesse récurrente : le groupe confond propagande et activité, refuse les tendances syndicales et s'intègre mal aux mouvements de masse (UNEF, PSU), ce qui expliquerait son relatif échec par rapport aux groupes trotskistes et maoïstes. Il mentionne aussi la participation aux grèves belges de l'hiver 1960-61, où figurait Guy Debord, qui n'a écrit dans la revue qu'un bref texte anonyme.
Le cœur de l'exposé porte sur Jean-François Lyotard (signant « François Laborde ») et ses douze articles sur l'Algérie, réunis dans La Guerre des Algériens. Lyotard soutient l'indépendance (et il aide concrètement le FLN, « porteur de valises », contre la ligne prudente de la majorité du groupe) tout en critiquant la nature de classe de l'Algérie indépendante : pour lui, la colonisation a désocialisé la société, dépossédé de leurs terres et de leurs noms une grande partie des Algériens, d'où une identité nationale comme seule identité retrouvée ; la lutte repose sur une armée paysanne encadrée par une couche politico-militaire issue de classes moyennes, embryon d'une bureaucratie « composite » qui ne mènera pas au socialisme. Le conférencier juge ces analyses supérieures à celles de Sartre et de Fanon, mais critique l'optimisme de Lyotard sur la dissolution des rapports patriarcaux, son schématisme (la quête d'une « bourgeoisie algérienne ») et l'oubli du poids de l'islam et des imaginaires.
La Chine est traitée à travers Pierre Souyri (Pierre Souyri est présenté comme un historien et résistant, ami de Lyotard) : sa thèse est que la bureaucratie chinoise naît d'une révolution paysanne bureaucratique, après l'échec de 1927, dans une société sans bourgeoisie dynamique (bourgeoisie « compradore ») ni prolétariat vivant, et qu'elle précède et produit l'industrialisation, ce qui révise la vulgate marxiste des cinq modes de production ; il s'appuie sur la notion de « despotisme oriental ». Le conférencier présente aussi sa critique du Grand Bond en avant et rappelle que son livre, refusé par les éditeurs, notamment à cause de ses attaques contre Simone de Beauvoir et La Longue Marche, est resté longtemps sans écho. Il termine par l'article de Lyotard dans le numéro 30 (« L'État et la société française en 1960 »), qui constate la dépolitisation et l'absence du prolétariat comme volonté politique, annonçant le défi que devra relever la scission suivante, sur le marxisme et le devenir du prolétariat. La discussion qui suit revient sur le « contenu du socialisme » (jugé fécond mais utopiste par le conférencier), sur l'engagement auprès du FLN et sur les raisons qui ont pu retenir Castoriadis et Vega (leur statut d'étrangers expulsables).
Excerpts
“en fait le golisme est un pouvoir fort et un pouvoir éclairé qui qui va défendre les intérêts générals des couches dominantes et des couches dominantes qui sont modernisatrices il utilise beaucoup le terme de modernisation de modernisation du capitalisme autrement dit euh”
“alors dans sa préface il ramasse la thèse de socialismeb qu'il va développer ça lui revient qui est de deux ordres le premier c'est qu'il nous dit qu'il est juste que les Algériens imposent au monde que leur nom soit proclamé c'est l'indépendance et en même temps il nous dit il est indispensable de critiquer la nature de classe de la société indépendante que leur combat prépare”
“il dit un parti c'est un organe forcément sélectif et comme par hasard regardez ce qui se passe c'est que des étudiants c'est que des intello ça va pas hein euh il avait refusé déjà l'idée d'un programme socialiste”