Duchêne, Pauline
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Core ideas
L'historiographie antique est une interprétation. Duchêne explique que, depuis les années 1980, on voit les historiens grecs et romains comme très influencés par la rhétorique : leur but n'était pas tant de relater fidèlement le passé que de montrer leur talent littéraire et de servir des buts politiques et moraux. On ne pouvait pas tout raconter, mais on tenait moins à la vérité historique que de nos jours : ajouter des détails pour animer le récit, présenter un empereur comme exemple moral. Ce que le lecteur a sous les yeux est donc déjà une interprétation, et le travail des chercheurs est de séparer le fiable de ce qui relève d'un procédé littéraire. Elle compare Tacite et Suétone parce qu'ils écrivent au début du IIe siècle, dans le même milieu, sur le même sujet, les premiers empereurs.
L'incendie de Rome en 64. Tacite rapporte que Néron aurait chanté la chute de Troie pendant l'incendie, mais comme une rumeur : ce qu'il présente comme historique n'est pas le comportement de Néron mais ce qu'on racontait de lui. Suétone en fait un fait, avec un lieu (la tour de Mécène), un costume de scène et une citation. Le récit est crédible pour un Romain, car Néron avait écrit un poème sur Troie et le « fou » correspond au stéréotype du tyran, figure littéraire sans limites, alors qu'il n'était même pas à Rome lors de l'incendie. La comparaison montre comment la version où il est responsable s'est imposée.
La mort de Claude : douter ou unifier. Pour l'empoisonnement de Claude, le 13 octobre 54 selon la conférencière, Suétone présente plusieurs versions, avec des doutes sur les circonstances et les effets du poison, et classe ses sources (certains écrivent, beaucoup disent, quelques-uns seulement). Tacite choisit au contraire une version unifiée, affirme que tout le monde connaissait les détails et gomme les aspérités : il se conçoit comme un narrateur, non comme quelqu'un qui présente le résultat de ses recherches, et sa phrase finale est une « sententia » qui restera en mémoire. Les deux produisent des récits pensés pour convaincre.
Excerpts
“« ce que vous avez sous les yeux est déjà une interprétation des faits qui nous sont relatés »”
“« Ce qu'il présente comme historique n'est donc pas le comportement de Néron, mais ce qu'on racontait un peu partout sur ce comportement »”
“« ce que nous qualifions aujourd'hui un peu rapidement de folie relève en réalité du stéréotype du tyran »”