Sartre, Jean-Paul
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Core ideas
Un bilan de génération. À cinquante ans, Sartre dit vouloir se consacrer à un ouvrage d'anthropologie qui précisera ce qui est resté abstrait dans L'Être et le Néant, et mener un retour sur lui-même qui ne soit pas l'histoire d'un individu mais le chemin politique de ceux de sa génération (deux guerres, la révolution russe, le nazisme), de la « belle époque » à leur position morale et politique actuelle : une autobiographie à portée générale. Il suspend provisoirement la fiction (Les Chemins de la liberté ne sont pas abandonnés) pour « dire ce qu'est un homme de cinquante ans en 1955 ».
Les événements qui l'ont formé. Issu d'un milieu bourgeois et intellectuel qui voyait la littérature comme un sacerdoce, proche de l'art pour l'art, il retient d'abord la guerre de 39, qui lui a fait découvrir une « mystification » dont il était victime et complice (l'idée d'un progrès indéfini dans la paix), puis la captivité, qui l'a rendu conscient des problèmes sociaux, puis l'Occupation, qui l'a fait lier la littérature au combat pour « le droit même d'écrire », puis l'éclatement du front de la Résistance et un chemin « tortueux » jusqu'à sa position actuelle. À la question de savoir si sa pensée serait autre sans ces événements, il répond que « un homme n'est rien en dehors des événements qu'il vit et qui le forment », pour autant qu'il y réagisse.
Philosophie dans la rue, politique et théâtre. La philosophie existentielle, comme le marxisme, ne se conçoit pas hors du monde concret : il y a eu une époque grecque (stoïciens, épicuriens) où elle était « vraiment une manière de vivre, une attitude et une action », puis une longue période où elle fut l'affaire des professeurs, et l'époque actuelle impose qu'elle redevienne action et lutte. Il conçoit sa recherche comme une descente vers la notion de situation. Aux adversaires qui lui reprochent de parler de politique sans agir, il répond : « je ne suis pas un homme d'action » au sens du militant, mais l'écrivain a le droit et le devoir de dire son avis sur les questions politiques et d'en tirer les conséquences dans sa vie. Il parle enfin de Nekrassov, satire des mœurs du journalisme, avec laquelle il a voulu éprouver si un théâtre satirique, abandonné en France depuis le XVIIe siècle, trouverait un public ; l'interviewer constate le succès au théâtre Antoine.
Excerpts
“« un homme n'est rien en dehors des événements qu'il vit et qui le forment »”
“« Il y a eu déjà une époque où la philosophie était vraiment une manière de vivre, une attitude et une action. »”
“« En cela, je ne suis pas un homme d'action »”