Lefort, Claude & Hassner, Pierre
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Lefort part de l'idée que le communisme appartient au passé mais que sa question reste au cœur du présent, et défend la thèse selon laquelle le totalitarisme est une « contre-révolution » : une tentative de renverser la révolution démocratique, c'est-à-dire cette société qui accepte sa diversité, le conflit et un pouvoir qui n'appartient à personne, objet permanent d'une lutte entre opinions et intérêts. Le totalitarisme, au contraire, est pour lui une société « bloquée » : le Parti bolchevique, tel que Lénine le conçoit, soude les hommes et les idées en un corps unique, avec un « foyer d'omniscience » qui refuse l'événement. Hassner prolonge en discutant le rapport avec Hannah Arendt (qui voit surtout le totalitarisme comme un mouvement perpétuel) : il y voit aussi une machine infernale de terreur radicalisée, et l'opposition de deux dynamiques, celle de la terreur révolutionnaire et celle de la « destruction créatrice » du capitalisme, dont la tension aurait fini par faire s'effondrer l'URSS.
Un point de désaccord porte sur la thèse de François Furet (Le Passé d'une illusion) selon laquelle communisme et démocratie auraient une matrice moderne commune. Hassner la soutient en partie : le communisme s'inscrit dans le projet moderne d'une souveraineté totale de l'homme sur la société, avec une promesse d'unité (il cite le nom « URSS » comme nom sans référence à un lieu, et lit un texte de Victor Hugo sur une société sans événements, gouvernée par l'évidence scientifique). Lefort répond que cela ne tient pas : le communisme nie l'individu et le droit, le Parti incarne la loi, et il est né en Russie, dans un pays de despotisme séculaire, par l'imbrication d'idées occidentales et de formes d'organisation russes et capitalistes. Hassner convient que le livre de Furet porte sur le charme du communisme plutôt que sur son histoire, et que la modernité porte en elle des tendances contradictoires.
La dernière partie interroge la « radicalité » et l'« illimitation ». Hassner met l'accent sur la guerre et la désignation de l'ennemi (Carl Schmitt), sur la déshumanisation de l'adversaire transformé en criminel puis en « être de trop » à éliminer, sur la division du monde en deux camps (le « chantage de l'unique alternative » évoqué à propos de Kołakowski) et sur l'idée que le mal a une origine sociale ou des « méchants » à détruire. Il dit voir le totalitarisme surtout dans ce qu'il nie, et rapproche nazisme et communisme tout en notant des différences d'étendue. Lefort récuse les explications par la morale ou la psychologie, insiste sur l'analyse de la structure de la société soviétique, de l'ennemi de l'intérieur produit par le régime, de l'intégrité du corps social, et des dizaines de millions de personnes impliquées ; il invoque la « servitude volontaire » de La Boétie. L'émission se clôt sur le rôle des passions et des croyances, et sur la nécessité de ne pas expliquer tout par une seule.
Excerpts
“c'est une contre-révolution en tant que c'est une tentative de renverser la révolution démocratique ce qui signifie évidemment que j'appréhende à travers la démocratie un mouvement évolutionnaire qui n'a pas seulement sa date son lieu de naissance mais qui tient à ce que la démocratie cette société qui accepte sa propre diversité ce qui accepte la différence qui accepte le conflit et dans laquelle le pouvoir ne vient jamais s'incarner dans un monarque ou dans un guide suprême comme il s'incarnera en Russie de telle sorte que le pouvoir n'appartient à personne qu'il est toujours l'enjeu une lutte entre des parties qui représente des opinions des intérêts des croyances divers”
“on ne peut pas confondre un régime qui précisément ni le droit dès le départ car il n'y a pas de droit en dehors du parti le parti avant la Révolution n'a rien en dehors de lui au point que même disons les militants n'ont pas de vie privée la distinction du public et du privé était effacé et au lendemain même de la Révolution très clairement alors que les menchéviques les socialistes révolutionnaires le mouvement des coopératives souhaite qu'il y ait un partage du pouvoir Lénine répond le parti au-dessus de tout c'est à dire que la loi se trouve incarnée par le parti lui-même alors à partir de là vouloir expliquer qu'il y a une commune une commune avec le libéralisme pour moi ça ne tient pas de bruit”
“c'est que la politique et la continuation de la guerre par d'autres moyens et c'est la radicalisation de l'adversaire le fait qu'il est déshumanisé que après qu'on est reconnu avec le christianisme et la modernité la dignité de l'être humain l'adversaire est transformé en criminel et le criminel en être de trop comme vous l'avez dit dans le titre de votre livre sur sol génitine qui doit être éliminé comme un cancrelat comme on disait dans les camps Cambodgiens à l'entrée du camp ta perte n'est pas une perte tu as survie n'est d'aucune utilité et c'est cette chose qui est tout à fait effrayante”