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Podcasts/Andrea Cirla/Kervégan, Jean-François

Kervégan, Jean-François

philosophe, professeur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de Kant, de Hegel, de Fichte et de Carl Schmitt

La personne qui présente l'orateur au nom de l'établissement n'est pas nommée ; il n'y a pas de discussion enregistrée.

Law in Kant — Jean-François Kervégan

Andrea Cirla · Sep 21, 2024 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique d'une conférence d'environ une heure.

Core ideas

Jean-François Kervégan lit la philosophie juridique et politique de Kant comme une sorte de commentaire spéculatif de la Révolution française, révolution faite « au nom de principes », celle des droits de l'homme. Il rappelle le parallèle de Hegel entre la liberté que les Allemands ont pensée et que les Français ont voulu exécuter, ainsi que son renversement ironique par Marx. Kant, spectateur passionné de la Révolution (l'anecdote veut qu'il ait modifié sa promenade en apprenant la prise de la Bastille), consacre à ces questions une série de textes dans les années 1790 : Théorie et pratique (1793), Vers la paix perpétuelle (1795), la Doctrine du droit (1797) et Le Conflit des facultés (1798). Kervégan retient quatre points. Le premier est la refonte du contrat social. Selon la philosophie critique, l'état de nature et le contrat ne peuvent être des objets d'expérience. Le « contrat originaire » devient une simple idée de la raison, mais d'une réalité pratique indubitable : il oblige le législateur à faire des lois comme si elles pouvaient émaner de la volonté de tout le peuple, et sert de « pierre de touche » de la légitimité. Kant distingue en outre l'état civil, c'est-à-dire politique et fondé normativement sur le contrat, de l'état social, possible dès l'état de nature. Kervégan y voit une anticipation directe de la distinction hégélienne entre société civile et État. Entrer dans une société politique devient un devoir juridique.

Le deuxième point est la relecture de la Déclaration de 1789 à travers trois principes. La liberté de chacun en tant qu'homme est prépolitique. Elle s'oppose au paternalisme du despotisme éclairé, qui prétend faire le bonheur du peuple et le traite en mineur, et qui sera qualifié de « plus grand despotisme » en pleine Prusse frédéricienne : Kant se place ainsi dans la filiation libérale de Locke. L'égalité des sujets est strictement juridique et compatible avec toutes les inégalités de fait, mais exclut tout privilège. Le prince en est exclu, comme chez Hobbes. L'indépendance, inspirée de la distinction de Sieyès entre citoyens actifs et passifs, réserve la qualité de colégislateur à ceux qui sont juridiquement et économiquement indépendants, excluant femmes, domestiques et salariés tout en leur garantissant la même protection de la loi. Kant forge à cette occasion le mot Staatsbürger, au grand étonnement du poète Klopstock, qui y voyait un pléonasme comme un « poisson d'eau ». Le troisième point est la constitution républicaine. Kant distingue la forme de l'État (qui gouverne) du mode de gouvernement (comment on gouverne), seul décisif, et oppose républicanisme et despotisme. Le républicanisme exige la séparation du législatif et de l'exécutif et la représentation. La démocratie directe à l'antique est donc despotique, et Kant penche vers la monarchie constitutionnelle de 1791, ce qui le fait précurseur de l'État de droit.

Le quatrième point est la paix perpétuelle, qu'il traite plus brièvement. Kant, à la suite de l'abbé de Saint-Pierre et de Rousseau, n'est pas un rêveur : son texte s'ouvre sur l'enseigne d'une auberge près d'un cimetière, et il juge la paix perpétuelle improbable. Il en fait une norme qui oblige les belligérants à se justifier, contre des guerres dynastiques que les princes mènent comme une partie de chasse. Il renonce à l'État mondial, qui risquerait d'être le pire des despotismes, au profit de trois conditions : des constitutions républicaines, où ceux qui feraient la guerre décident, une fédération de peuples (Völkerbund, le nom allemand de la future Société des Nations) servant de tribunal arbitral, et un droit cosmopolitique d'hospitalité universelle. Kervégan écarte la lecture de ce dernier comme justification anticipée du colonialisme. Il y voit plutôt une préfiguration du droit international privé et d'une société civile mondiale, jusqu'à l'Organisation mondiale du commerce. Sa conclusion : la philosophie kantienne est une des premières formulations d'un libéralisme conséquent. Son « juridisme », que Hegel lui reprochera, est la leçon qu'elle tire de la Révolution : pour tenir les promesses de 1789 sans les excès de 1793, il faut non une politique de la vertu à la Robespierre, mais une politique du droit, séparée de la morale.

Excerpts

Jean-François Kervégan sur le contrat social comme norme :

“en réalité le contrat social doit plutôt être conçu comme la norme rationnelle c'est une idéalité la norme rationnelle de toute communauté politique effective”

Jean-François Kervégan sur le déplacement opéré par Kant :

“ce qui est important pour le peuple c'est comment on gouverne plus que qui gouverne contrairement à toute la tradition de la philosophie politique qu' déplace ainsi l'intérêt de la question du meilleur régime qui est délibérément placé au second rang vers celle des modes d'action des gouvernants et de l'espace de liberté qui est ainsi laissé au citoyens sujet”

Jean-François Kervégan en conclusion :

“pour réaliser les promesses de 1789 sans aboutir aux excès de 1793 il faut non pas une politique morale Kant dans l'appendice les deux appendices du traité de paix perpétuelle au contraire affirme la nécessité de séparer rigoureusement le droit et la morale non pas une politique morale non pas une politique de la vertu car une politique de la vertu précisément c'est ce que Robespierre a tenté de faire mais une politique du droit”