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Joste, Agnès

professeure de lettres classiques dans l'enseignement secondaire, spécialiste de l'enseignement du latin et du grec

La conférencière est présentée par un organisateur (qu'elle nomme Yves Michot) et répond ensuite à trois questions de la salle ; l'orthographe de son nom varie dans les sous-titres automatiques (« Jost » à la fin, « Joste » dans le titre).

Agnès Joste ● Why Defend the Humanities?

Andrea Cirla · Jan 7, 2024

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Core ideas

Agnès Joste plaide, depuis sa pratique de professeure du secondaire, pour le maintien du latin et du grec à l'école. Sa métaphore centrale est celle du passage « de l'orteil à l'article » (deux doublets issus du latin articulus) : les langues anciennes arrachent l'élève à son monde immédiat pour lui donner une pensée autonome, critique et historique. Elle commence par réfuter l'idée que ces langues seraient « anciennes » donc obsolètes (il faudrait alors supprimer l'alphabet, le théorème de Thalès ou le droit romain) et affirme que la modernité véritable relit son passé.

Elle développe trois bénéfices. Le premier est de réapprendre la langue française : l'alphabet grec oblige l'élève à revenir sur ce qu'il croyait savoir lire, l'étymologie donne aux mots une histoire, un lexique scientifique et savant commun à l'Europe, et le travail sur les doublets (hôpital/hôtel, captif/chétif) fait apparaître l'histoire des mentalités. Le deuxième est l'apprentissage des méthodes intellectuelles : une langue qui n'est plus parlée devient un objet d'étude figé et permet des analyses sémantiques précises ; la traduction (zôon politikon, mancipium, l'« outil parlant » de Varron, le « couple » grec comme attelage de bœufs) montre aux élèves qu'une mentalité n'est pas la nôtre ; la déclinaison clarifie les fonctions grammaticales ; le thème et la version obligent à l'objectivité, à l'abstraction et à l'effacement de l'affect devant l'énigme d'un texte étranger, ce que rapprochent mathématiciens et informaticiens. Le troisième bénéfice est culturel : la lecture exacte des auteurs français et européens qui réécrivent l'Antiquité (Racine, La Fontaine, Giraudoux, Sartre, Cocteau), les liens avec les sciences, le droit, les arts, la philosophie, et l'actualité.

Dans la dernière partie, elle dénonce un abandon « silencieux » organisé par l'institution : réduction des horaires de français, textes officiels flous, options en concurrence avec les langues vivantes ou la « découverte professionnelle », regroupements de niveaux, horaires dissuasifs, quotas et fermetures de sections, suppression des expériences de « latin-grec thérapeutique » dans les zones prioritaires, projets de pôles réservés aux grandes villes, et pression européenne pour un socle de compétences tourné vers « l'employabilité ». Selon elle, cela nuit à l'égalité des chances et laisse un français « sans racines » (langue technocratique, euphémismes, globish). Elle demande un enseignement obligatoire au collège et une option ouverte à toutes les séries, sous l'autorité de l'État, et conclut que l'éducation doit être un service rendu non à l'économie mais à l'humanité en chaque élève. Dans les questions, elle répond sur le grec moderne, sur le sens du mot « humanités » et sur la baisse des effectifs entre le collège et le lycée.

Excerpts

“Le latin et le grec font en quelque sorte changer de monde l'élève que nous instruisons. Si l'on utilisait une image issue de l'histoire du latin et de celle du français, on pourrait dire que l'élève passe en quelque sorte grâce aux langues anciennes de l'orteil à l'article.”

“Aristote ainsi définit l'homme comme un zoon politicone, expression qu'on traduit souvent avec des connotations tout à fait modernes mais complètement fautives par animal politique.”

“Pourtant, on peut affirmer que si l'éducation doit assurer un service rendu, ce n'est pas à l'économie mais à l'humanité. en chacun de nos élèves.”