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Podcasts/Andrea Cirla/Jankélévitch, Vladimir & de Fontenay, Élisabeth & Maggiori, Robert & Comte-Sponville, André

Jankélévitch, Vladimir & de Fontenay, Élisabeth & Maggiori, Robert & Comte-Sponville, André

Jankélévitch, Vladimir: philosophe, professeur de philosophie morale à la Sorbonne, entendu dans les archives de son cours

de Fontenay, Élisabeth: philosophe, ancienne assistante de Jankélévitch

Maggiori, Robert: philosophe et journaliste, ancien élève de Jankélévitch

Comte-Sponville, André: philosophe

Une présentation de France Culture rappelle que les bandes du cours sur la tentation, mêlées à celles d'un cours sur l'immédiat, ont été retrouvées à l'INA au début des années 1990 et remises en ordre par Christine Goëmé. La productrice mène les entretiens, et un lecteur lit un passage de la Genèse.

Vladimir Jankélévitch, ou la tentation de penser

Andrea Cirla · Jun 2, 2024 · partial coverage

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Coverage note: partial - la transcription fait environ 276 000 caractères ; l'introduction, la conclusion et quatre longs passages répartis dans l'émission ont été lus, soit environ un tiers du texte.

Core ideas

Les trois invités dressent d'abord un portrait. Robert Maggiori évoque le professeur qui arrivait avec un petit carton griffonné à l'encre bleu nuit et commençait très doucement pour finir dans un crescendo puis un precipitando. En 1968, ce professeur « parlait comme un Martien » d'humilité et de charme quand les étudiants parlaient de pavés, et se trouvait en réalité devant eux plutôt que derrière. Sa philosophie est celle de l'entre-deux et de la « tangence », du kairos et de l'occasion. Elle cherche l'instant imperceptible où un geste innocent tourne en calcul, où la confiance devient défiance, où la vertu devient « petite vertu ». André Comte-Sponville, marxiste et structuraliste à vingt ans, raconte s'être agacé d'une parole « trop belle pour être honnête » et l'avoir ensuite regretté. Il cite le mot de Jankélévitch sur lui-même : « je vous présente une vérité éternelle qui va mourir ». Élisabeth de Fontenay décrit un professeur qui s'évertuait à dire qu'il n'y avait rien à dire, traquant l'infinitésimal d'une exigence morale qui s'évanouit dès qu'on la cerne. Elle y voit un homme qui n'aurait jamais siégé dans un comité d'éthique, et rattache sa fascination pour le déséquilibre aux statues baroques penchées sur le vide des toits de Prague.

Le cours, entendu en larges extraits, définit la tentation par sa duplicité et par son caractère liminaire de passage et de mutation. Elle est absente du monde grec. Les sirènes d'Ulysse ne sont ni corruptrices ni même vraiment séductrices, elles égarent sur l'itinéraire et font confondre « la halte avec le terminus ». Leur chant n'est qu'un « mauvais conseil » sans objet concret. Chez Platon, l'apparence est partiellement vraie, la dupe est plus ignorante que méchante, et la seule forme de séduction que les Grecs étudient vraiment est la flatterie des rhéteurs. La tentation proprement dite, biblique et moderne, suppose un homme à la fois tiré en avant et retenu en arrière. C'est même la « contre-force » de l'interdit qui donne son énergie à la sollicitation, ce qui exclut le chien tenté par un os. C'est un drame humain plutôt qu'une tragédie métaphysique, car son enjeu n'est pas le conflit insoluble des valeurs mais ce que fera la liberté, que l'homme cherche à fuir dans les « voies moyennes » trop ingénieuses. L'envie contrariée devient aussitôt tentation et passion, et l'obstacle exalte le désir comme dans le roman : c'est la « loi de l'organe-obstacle », empruntée à Bergson, qui fait de la mort la condition de la vie et explique aussi la tentation du néant.

Jankélévitch confronte la tentation adamique, métaphysique et arbitraire, où Adam et Ève cèdent au premier assaut, à la tentation morale du Christ au désert. Il décrit le diable tentateur comme génie du travesti et des métamorphoses. Le diable procède par assauts répétés et variés pour trouver le point faible d'une créature « constitutionnellement relapse », si bien que toute victoire sur la tentation reste provisoire. Il oppose l'ataraxie du sage stoïcien, impassible dans le malheur, à celle du saint qui résiste au plaisir, « héroïsme avec exposant ». Contre la diversité du diable, « qui est légion », il recommande le recueillement à la « fine pointe de l'âme » de François de Sales, le temps étant la forme naturelle de la diversité. Robert Maggiori souligne qu'il ne s'agit jamais d'une morale édifiante de commandements : la morale se reconnaît en creux, dans le remords. Pour Comte-Sponville, ce cours n'a rien d'obsolète. La pensée de Jankélévitch est une pensée de la volonté, et elle tient ensemble, dans un équilibre instable et « baroque », l'innocence grecque et l'exigence infinie du pur amour judéo-chrétien, à l'inverse de Nietzsche et de Heidegger qui voulaient revenir aux Grecs par-delà le christianisme.

Excerpts

Vladimir Jankélévitch sur l'écartèlement qui définit la tentation :

“il est tenté parce qu'il a envie et parce qu'en même temps il est retenu par derrière quelqu'un le tire en avant par la Manche et quelqu'un d'autre le retient par derrière par les Basques par les Pens de son veston les les deux ensembles c'est en cela qu'il est tenté”

Vladimir Jankélévitch sur la tentation d'Ulysse :

“la seule tentation du LCE je dirais volontiers que c'est la tentation de l'Escale n'est-ce pas la tentation de l'escale de quelqu'un qui manque d'ironie pour aller au de là comme ceux qui descendent à la station d'avant il se trompent n'est-ce pas il se croi arriver”

André Comte-Sponville sur la tension au cœur de cette pensée :

“une bonne part de sa pensée se joue dans cette tension dans ce déséquilibre ou dans cet équilibre instable entre la Grande Paix des Grecs et la grande inquiétude des chrétiens”