Henrard, Nadine
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Core ideas
Un répertoire négligé et réévalué. Henrard rappelle que le théâtre religieux occitan est resté longtemps peu étudié, éclipsé par la lyrique, le roman et l'épopée, et jugé sévèrement par Alfred Jeanroy en 1894 (inspiration non originale, dépendance du théâtre du Nord, faiblesse littéraire). Le corpus compte une quinzaine de textes, complets ou fragmentaires, soit environ 42 000 vers contre quelque 230 textes et un million de vers dans le Nord, mais il couvre toute la période (de la fin du XIe au début du XVIe siècle), toutes les régions occitanes et tous les genres : drame liturgique, Passion, vie de saints, cycle. Elle propose un parcours rapide pour montrer que chaque pièce présente une singularité et que le mépris des savants a été trop rapide.
Du Sponsus aux mystères alpins. Elle parcourt les textes dans l'ordre : le Sponsus (fin du XIe siècle, Saint-Martial de Limoges, une centaine de vers chantés, latin et langue vulgaire, avec une brève scène de diablerie), le fragment de Périgueux (rôle de conseiller d'Hérode, 22 vers, découvert dans un mur de la cathédrale Saint-Front et copié à l'initiative de Mérimée avant d'être perdu), les Noces de la Vierge (XIIIe siècle, nourries des Évangiles apocryphes et de la sage-femme), la Passion dite de Didot (environ 2 500 vers, presque entièrement sérieuse, avec un monologue sur la légende de Judas, parricide et incestueux, qui préfigure son entrée dans le théâtre français), le Jeu de sainte Agnès (Hérault, XIVe siècle, très chanté, par contrafactum, dont une mélodie de Guillaume IX), le jeu de saint Jacques de Manosque, les Mystères du Rouergue (environ 9 000 vers, manuscrit de travail au format de poche), et les mystères alpins du Briançonnais (1503-1512), liés à la rivalité entre paroisses et à la lutte contre l'hérésie vaudoise, joués par des villageois, avec forte influence française dans les noms de diables et la versification. Elle insiste sur la pratique courante de l'emprunt et de la réécriture, qui ne saurait être qualifiée de plagiat.
Mise en scène et effets spéciaux. Henrard décrit un théâtre sans unités, aux décors simultanés (« mansions »), où l'on ne disposait que de rôles copiés et non du texte complet, et où des didascalies mentionnent l'aparté, la feinte (« faire semblant d'écrire », « feindre de ressusciter ») et des effets merveilleux (têtes coupées d'où jaillit du lait, yeux arrachés suspendus à des fils) confiés à un magister rerum fictarum, que l'on devine peu désireux de divulguer ses secrets. Elle présente le carnet de régisseur découvert à Turin par Vitale Brovarone (13 × 9 cm), qui décrit armes truquées, fausses oreilles, perruque imbibée de sang, masques de diable à braises et mélanges inflammables, et conclut avec les fresques de la chapelle Saint-André, côté italien, comme témoignage iconographique d'une représentation.
Excerpts
“« theater in the Middle Ages was actually born in the church »”
“« In the Middle Ages, only the stage manager had the full text »”
“« Our Occitan passion play has the particularity of giving an important place to the legend of Judas. »”