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Chartier, Roger

historien du livre et des pratiques culturelles

Comment lire un texte. Perspectives critiques — Roger Chartier

Andrea Cirla · Jan 1, 2025 · partial coverage

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Coverage note: full (environ quarante-cinq minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, avec des erreurs sur les noms propres)

Core ideas

Trois façons de penser histoire et littérature. Chartier dit qu'il y a trois manières, pour un historien, de poser la question. (1) L'histoire comme littérature : l'écriture historique use de figures rhétoriques et de structures narratives (Hayden White, Michel de Certeau, Paul Ricœur), ce qui a posé la question de la vérité ; White en conclut une vérité comparable à celle du roman, Ginzburg et lui résistent en distinguant une vérité existentielle du récit de fiction et une vérité épistémologiquement certifiée par l'opération historiographique (sources, critères de preuve). (2) Les textes littéraires comme objets d'un travail historien, selon la sociologie des textes de McKenzie (« la forme affecte le sens ») et l'histoire de la culture graphique de Petrucci (les autographes de poètes italiens du XIVe siècle ressemblent aux minutes notariales), en tenant ensemble le commentaire des œuvres et l'analyse de leur circulation, et en travaillant la tension entre l'œuvre « dématérialisée » (copyright) et ses incarnations.

Le rapport de la littérature à l'histoire. Le mot « littérature » est ambigu et historique (au XVIIe siècle, chez Furetière, c'est l'érudition) : le sens moderne naît au XVIIIe siècle avec l'individualité de l'écriture, l'originalité de l'œuvre et la propriété littéraire, en rupture avec la Renaissance (écriture collective, lieux communs). Au XIXe siècle, le roman revendique d'être la « véritable histoire », celle du social laissée de côté par l'histoire des événements, des grands hommes et de la politique (Manzoni, Balzac, Illusions perdues, « grande petite histoire ») ; puis, au XXe siècle, la littérature s'empare du singulier abandonné par une histoire massive : Vies imaginaires de Schwob (l'anecdote réhabilitée, une vérité détachée de la véracité), Borges, Foucault (La vie des hommes infâmes), Michon (Vies minuscules), le New Historicism (Greenblatt, l'anecdote comme accès au quotidien).

Fictions qui imitent l'histoire. Chartier évoque enfin la littérature qui s'empare du passé (les Histories de Shakespeare, le roman historique) et celle qui adopte les marques de la connaissance historique : le faux peintre catalan de Max Aub (Jusep Torres Campalans, 1958), parodie de l'histoire de l'art, la Littérature nazie en Amérique de Bolaño, Piglia, les Albucius de Quignard, où c'est la vérité du passé qui garantit l'invention. Ces jeux, dit-il, montrent la vulnérabilité de la connaissance historique et la possibilité de la réassurer par ses techniques de preuve, la critique de la donation de Constantin par Lorenzo Valla en étant le texte fondateur.

Excerpts

“« il me semble qu'il y a trois manières pour un historien peut-être pour quiconque de poser cette question des rapports entre histoire et littérature »”

“« une vérité existentielle produit par le récite fiction et une vérité épistémologiquement certifiée produit par le discours d'histoire »”

“« la forme affecte le sens »”