Badiou, Alain
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Core ideas
Les apatrides, avant-garde politique, et la dialectique de la loi. Badiou part d'Arendt (chapitre sur les apatrides dans L'Impérialisme, troisième volet des Origines du totalitarisme) : les expatriés, sans-papiers, constituent « une avant-garde politique », et le noyau de toute politique démocratique à venir est la masse prolétaire des exclus. Citant Arendt, il note que l'apatride, privé du droit de résidence et de travail, doit transgresser la loi en permanence : mieux vaut être un criminel (la loi le prévoit) qu'une anomalie ignorée. Il en tire que « mieux vaut être le criminel de l'identité que le fantôme de l'altérité » et que la prison est la face muette des langues de l'exil (exemple : Fleury-Mérogis, ou le voleur à faux papiers contre l'ouvrier sans papiers).
La langue : contrainte, faute, création. Pour l'étranger, parler est une obligation, ne pas parler un anéantissement, mal parler une faute ; mais l'exil impose de se tenir entre la contrainte et la création. Il lit Edward Said sur Conrad (prose « rhétorique » comme combat avec une langue étrangère, trois langues : polonais, français, anglais) : la position du risque de la faute est la plus féconde, car elle dialectise l'imposition de la langue et la nostalgie de la langue maternelle. Il évoque les ouvriers maliens polyglottes, leurs récits de malheurs écrits par des écrivains publics (rhétorique excédentaire), les « fautes folkloriques », et des inventions comme le verbe « courager ».
Beckett contre Joyce, Brecht, et l'univoque. Beckett, triple exilé (irlandais, secrétaire de Joyce, écrivant en français), choisit contre le métissage joycien une lutte frontale avec les langues distinctes : agressivité contre la contrainte (disloquer le français, « esquinter » la langue), simplification, puis « ricochet » vers l'anglais dont il est son propre traducteur. Brecht, à Los Angeles, parle du « rétrécissement de fonction » qui désagrège la personne et oppose une écriture simplifiée et durcie. Badiou conclut, en réponse à Barbara Cassin et à son éloge de l'équivoque, que la langue de l'exil est créatrice quand elle saisit un point qui vaille pour tous : non un jeu de la multiplicité équivoque, mais une « agressivité de l'univoque ».
Excerpts
“« mieux vaut être le criminel de l'identité que le fantôme de l'altérité »”
“« la prison est en réalité la face muette des langues de l'exil »”
“« la liberté de la faute comme création immanente à la langue »”