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Podcasts/Andrea Cirla/de Fontenay, Élisabeth

de Fontenay, Élisabeth

philosophe, autrice du Silence des bêtes et de Sans offenser le genre humain

Lucrèce par Élisabeth de Fontenay

Andrea Cirla · Feb 23, 2024 · partial coverage

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Coverage note: full (environ trente minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, avec quelques erreurs de reconnaissance)

Core ideas

Lucrèce, la religion comme superstition. Fontenay explique que le mot employé par Lucrèce est « superstitio » : la religion est une superstition, non parce que les dieux n'existeraient pas, mais parce qu'ils vivent dans les interstices des mondes, impassibles et indifférents aux affaires humaines ; il est donc inutile de les prier, de leur offrir des sacrifices et de craindre des sanctions après la mort. Elle s'attache à sa critique des sacrifices, notamment à l'analogie entre le sacrifice d'Iphigénie et celui d'un veau dont la mère cherche en vain le petit, passage que Racine aurait imité. Elle relie ce désenchantement à l'actualité d'un retour du religieux.

Un poète qui réenchante la doctrine d'Épicure. La doctrine d'Épicure se réduit aux atomes, au vide et au clinamen, mais, par le miracle de la poésie latine, Lucrèce réenchante le monde : les atomes sont comme les lettres d'un poème, l'analogie entre le poème et la nature étant pour elle l'enchantement absolu. Elle y voit un recommencement, non une importation de la pensée grecque, et un « anti-Platon » : l'âme est mortelle, composée d'éléments matériels et d'une « quatrième substance » sans nom, qui n'a rien de transcendant ; la métempsycose est grotesque, et la pluralité des mondes, audace insupportable à l'ère chrétienne. Le clinamen, qui donne une spontanéité à « tout ce qui respire », vaut pour les animaux comme pour les hommes, et parler de libre arbitre y réinsuffle du spiritualisme, ce qu'elle juge inadmissible.

Les limites d'une philosophie désillusionnée. Fontenay relève les limites de ce matérialisme : l'insistance sur la contingence et le refus des passions négatives laissent démuni devant le tragique, comme l'illustre la peste d'Athènes qui clôt le poème (elle la compare à l'horreur d'un ghetto) ; l'ascétisme du sentiment et la crudité des passages sur les femmes ; les métaphores vitalistes et l'hymne à Vénus de l'ouverture, qui contredisent en apparence la doctrine mais font la « richesse polysémique » du poème. Elle rappelle aussi que « creare » ne signifie pas la création de la Genèse mais un processus, comme « natura », que Lucrèce évoque des animaux réels et non des monstres, et que Marx, comme Diderot, a trouvé chez les épicuriens une arme de désillusion. Elle lit la fin du poème comme un « grand Pan est mort » qui continue pourtant d'exister.

Excerpts

“« la religion est une superstition non pas que les dieux n'existent pas »”

“« par le miracle de la poésie latine il y a un réenchantement du monde »”

“« les deux contraires les deux contradictoires s'épousent dans le texte de lucr »”