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Podcasts/Andrea Cirla/Traverso, Enzo

Traverso, Enzo

historien et essayiste, professeur de science politique à l'université de Picardie, spécialiste du nazisme, de l'antisémitisme et des rapports entre marxisme et judaïsme

La bibliothécaire qui présente l'invité et anime la séance, ainsi que les auditeurs qui l'interrogent (sur Jankélévitch, l'utopie, l'écologie, le retour du religieux, les sources numériques, le « réalisme »), ne sont pas nommés.

Écrire l’histoire. L’histoire comme champ de bataille — Enzo Traverso

Andrea Cirla · Aug 16, 2024 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique d'un exposé d'environ une demi-heure suivi d'une longue discussion.

Core ideas

Enzo Traverso donne à son titre un double sens. Le XXe siècle fut un siècle de guerres, de violences et de génocides, et il est aussi un champ de bataille pour les historiens : son interprétation relève d'un « usage public du passé » toujours, qu'on le veuille ou non, politique. Il repère trois mutations de l'écriture de l'histoire. La première est le retour de l'événement. Pendant la guerre froide, monde « congelé » où le Printemps de Prague ou la crise de Cuba restaient contenus, l'historiographie était dominée par la longue durée de Braudel, pour qui l'événement n'était que l'« écume » des vagues. Depuis 1989, on lui rend son autonomie et sa force éruptive : la Shoah renverse en quelques années des tendances séculaires, et le 11 septembre aurait pu ne pas avoir lieu. L'histoire redevient un espace ouvert dont les acteurs sont les auteurs. La deuxième est l'histoire globale. Elle n'abandonne pas les histoires nationales et ne se réduit ni à l'histoire comparée ni aux relations internationales. Elle relit chaque histoire depuis un observatoire global, attentive aux transferts et aux diasporas, comme l'Italie devenue aussi « réalité atlantique » par l'émigration, et elle ouvre la voie aux regards postcoloniaux.

La troisième mutation, la plus développée, est le passage « de la société à la mémoire » comme paradigme, depuis Les Lieux de mémoire de Pierre Nora. Écrire l'histoire suppose un objet historique, et le XXe siècle en est devenu un après 1989. Elle suppose aussi des sources, dont la notion s'est élargie jusqu'au témoignage, et une demande sociale de connaissance portée par la mémoire : cadres sociaux de Halbwachs, industrie culturelle, politiques et lois mémorielles. D'où une « collision » permanente entre histoire et mémoire, et l'empathie de l'historien pour ses objets. Surtout, le XXIe siècle s'ouvre sans horizon utopique. Le XIXe était porté par la Révolution française et l'idée de progrès, le XXe par la révolution russe, alors qu'aujourd'hui l'« horizon d'attente » de Koselleck a disparu au profit du « présentisme » de François Hartog. Un monde privé d'utopie regarde vers le passé : le XXe siècle devient le siècle des victimes, qui en deviennent les héros. Le communisme, phénomène pluriel (révolutionnaire, bureaucratique, anticolonial, quasi social-démocrate comme le PCI qui a donné dignité aux classes subalternes), est réduit au totalitarisme. La révolution s'efface au profit du génocide, appliqué même à la guerre d'Espagne, tandis que le fascisme est relu comme révolution culturelle. Traverso dit le « malaise » mélancolique d'une génération d'historiens pour qui recherche et engagement étaient indissociables.

Dans la discussion, il demande d'historiser L'Imprescriptible de Jankélévitch comme la formule d'Adorno sur la poésie après Auschwitz. Ces textes étaient justes dans l'Allemagne d'Adenauer, mais deviennent anachroniques face au mémorial de Berlin. Il dénonce des « abus de mémoire » : le culte de la Shoah sans « pourquoi » qu'assume Claude Lanzmann, la concurrence des mémoires, et une historiographie qui isolerait la Shoah de la Seconde Guerre mondiale. Les révolutions arabes et Occupy Wall Street confirment l'autonomie de l'événement mais restent « orphelines » d'un projet. Il cite la formule de Fredric Jameson : il est plus facile d'imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. La mémoire postcoloniale elle-même privilégie les victimes plutôt que les luttes d'émancipation, comme celle d'Haïti. L'histoire est un discours critique sur le passé, toujours écrit au présent : les débats du bicentenaire en disent autant sur 1989 que sur 1789. Si une utopie renaît, elle sera écologique, au passage du « principe espérance » de Bloch au « principe responsabilité » de Jonas, mais pas sous la forme des partis verts institutionnalisés. Le retour du religieux n'est qu'une utopie de substitution, régressive. Il regrette la figure de l'intellectuel engagé à la Pierre Vidal-Naquet, et conclut que dépolitiser la société au nom des catastrophes du XXe siècle « fait le lit » du totalitarisme.

Excerpts

Enzo Traverso sur le double sens de son titre :

“l'histoire comme champ de bataille parce que ce siècle qui vient de s'achever est un champ de B taille pour les historiens elle fait l'objet de d'interprétation contradictoire conflictuelle de de tension disons pour aller vite avec une formule que j'aime bien fait l'objet d'un usage public du passé un usage public du passé qui est toujours qu'on le veille ou non inéluctablement un usage politique”

Enzo Traverso sur le siècle des victimes :

“à ce régard rétrospectif le 20e siècle apparaît comme le siècle de la violence le siècle des guerres et et et il y a une figure qui domine un peu ce paysage mémoriel une figure qui est celle de la victime des victimes le 20e siècle devient le siècle des victimes et les victimes deviennent en quelque sorte les héros du 20e siècle”

Enzo Traverso sur la dépolitisation :

“une dépolitisation de la société euh prépare le terrain à l'avènement du totalitarisme si la notion de totalitarisme a un sens le totalitarisme c'est la destruction du politique et bien si on dépolitise la société on fait le lit du totalitarisme”