Tanyeri-Erdemir, Tuğba
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ onze minutes ; sous-titres YouTube automatiques avec quelques erreurs de reconnaissance ; les noms propres turcs sont rétablis d'après le contexte)
Core ideas
Enquêter sur la « muséification » des sites sacrés. Tanyeri-Erdemir ouvre sur une prière de protestation de 20 000 personnes entre Sainte-Sophie et la mosquée du Sultan Ahmed, le 31 mai 2014, où elle observait à quatre heures du matin ; elle voulait « enquêter sur la muséification des sites sacrés » et comprendre les groupes ayant un lien émotionnel et politique avec le monument, par observation participante et entretiens en Turquie, en Grèce et aux États-Unis. Elle se concentre sur l'Association nationale des étudiants turcs, active depuis les années 1940, qui a recueilli près d'un million de signatures en 2013 pour rouvrir Sainte-Sophie en mosquée et a organisé en 1967 une prière dans le musée en réponse à la prière du pape sous la coupole.
L'idéologue et ses héritiers. L'idéologue islamiste Necip Fazıl Kısakürek, invité en 1965 par l'association, y a formulé le discours de la conversion : « comme tous les chemins mènent à Rome, toutes les questions du salut spirituel de la turcité mènent à Sainte-Sophie ». Son héritage se retrouve dans un tweet du gendre du président, avant la décision du Conseil d'État. Trois anciens membres de l'association comptent : Ismail Kahraman, ancien président du Parlement, qui avait participé à la prière de 1967 ; Recep Tayyip Erdoğan, qui a gardé un silence ambigu jusqu'en 2019, quand, avant des élections locales perdues, il a pour la première fois évoqué la conversion (« ce n'était pas son moment le plus fort, mais le plus faible ») ; et Bülent Arınç, juriste et ministre chargé des fondations pieuses, qui a élaboré le cadre légal en 2011 et 2013 (Sainte-Sophie de Nicée et de Trébizonde) : le « vakıf », acte de fondation pieuse, définit la fonction du bâtiment.
Un rebondissement. C'est finalement l'action en justice d'Ismail Kandemir, enseignant de mathématiques retraité de Bursa, qui, après trente ans de démarches, a abouti à la conversion de Sainte-Sophie et du musée de Chora. Elle conclut que le transfert de juridiction du ministère de la Culture à la Direction des affaires religieuses nuit à la préservation, et que le discours de conversion, d'inspiration islamiste et suprémaciste, nuit au pluralisme et à la coexistence en Turquie.
Excerpts
“« I wanted to investigate further the museumification of sacred sites. »”
“« just as all roads lead to Rome all the issues related to the cause of spiritual salvation of Turkishness leads to Haga Sophia »”
“« It was actually not his strongest moment in political history, but the weakest. »”