Hoffmann, Philippe
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique d'un séminaire d'environ une heure et demie, avec de nombreux termes grecs déformés.
Core ideas
Philippe Hoffmann présente le Proclus ou sur le bonheur de Marinus, en s'appuyant sur l'édition de la Collection des universités de France (2001) par Henri-Dominique Saffrey et Alain-Philippe Segonds avec Concetta Luna, issue d'un séminaire de Festugière en 1962-1963. Marinus, Samaritain de Néapolis (Naplouse) né vers 440, se convertit au néoplatonisme, peut-être attiré par l'hénologie, en monothéiste strict. Élève puis successeur (diadoque) de Proclus à Athènes, mathématicien, commentateur de Platon et d'Aristote, il est maître de Damascius, qui le méprise. Il défend une lecture du Parménide portant sur les idées et non sur les dieux. Son discours a été prononcé un an après la mort de Proclus (17 avril 485), lors d'une cérémonie commémorative ; une version en hexamètres est perdue. Hoffmann insiste sur sa dimension de performance orale et quasi rituelle. Ce n'est ni un traité ni un commentaire, mais un éloge à distance de la mort, sans consolation ni lamentation selon les catégories de Ménandre le Rhéteur. Sa visée est psychagogique : provoquer chez les auditeurs l'admiration puis l'émulation, l'« imitation ascendante » décrite au début de la Vie de Périclès de Plutarque. Proclus y apparaît comme agathoeidestatos, « au plus haut point semblable au Bien », priant le soleil trois fois par jour.
Marinus suit le plan canonique de l'éloge (famille, nature, éducation, actions et vertus, fortune, mort), mais le réorganise selon la hiérarchie néoplatonicienne des vertus. Les quatre vertus cardinales reparaissent ainsi à chaque degré au lieu d'être cantonnées au topos des actions. Hoffmann lit en parallèle la scholie de Damascius au Phédon, qui expose les degrés en les rattachant à des dialogues précis. Les vertus naturelles, communes aux bêtes, sont liées au tempérament ; les vertus morales viennent de l'habitude et de l'opinion droite ; les vertus politiques ordonnent les parties de l'âme ; les vertus purificatrices séparent l'âme du corps ; les vertus contemplatives tendent vers l'intellect, et les vertus hiératiques ou théurgiques unissent à ce qui est au-delà de l'être. Hoffmann note que cette hiérarchie structure aussi le premier cycle de lecture des dialogues, de l'Alcibiade au Philèbe, reconstitué par Festugière. Il relève la forte présence de Platon, lu comme un texte sacré, et de Plotin (traité 19, Sur les vertus), et la résorption progressive de l'éthique dans la métaphysique de la conversion. Les vertus paradigmatiques manquent chez Marinus, mais le chapitre 22 évoque les modèles de l'intellect divin. Il s'interroge même sur un huitième degré, ces vertus « au-dessus des vertus théurgiques » dont Marinus ne veut rien dire.
Pour la sôphrosunè, il suit le texte degré par degré. Au niveau naturel, elle correspond à la beauté du corps, proportion des parties comme la tempérance est accord des puissances de l'âme, une beauté de Proclus que « nul peintre » n'a su rendre. Hoffmann y voit une valorisation inattendue du corps et rapproche le portrait d'un philosophe conservé au musée de l'Acropole. Au niveau politique, la sôphrosunè est un modèle offert aux étudiants, que Proclus disciplinait « non par un enseignement purement verbal » mais par l'exemple de sa vie. Au niveau purificateur, elle devient absence de tout commerce avec l'inférieur et suppression des passions : l'apatheia remplace la métriopatheia. Au niveau contemplatif, elle n'est plus que la conversion de l'âme vers l'intellect, et le courage l'impassibilité de l'objet contemplé. Proclus vit alors non plus la vie de l'homme de bien mais celle des dieux, auréolé de lumière pendant ses cours selon le témoignage de Rufin. Dans les questions, Hoffmann décrit la théurgie de Proclus comme une action bienfaisante concrète (pluie contre la sécheresse, talismans contre les séismes). Il discute du rôle régulateur de la sôphrosunè, voisin de celui de la justice, et rappelle le désir de mourir de Proclus, sans aucune apologie du suicide.
Excerpts
Philippe Hoffmann sur la visée du discours :
“celui qui écoute celui qui entend le discours d'éloge est dans un état d'admiration on est dans l'ordre du taoma du Thomas Zain ce qui déclenche un Zelos c'est-à-dire un désir d'imitation en une sorte de presque de de compétition”
Marinus, lu par Philippe Hoffmann, sur la sôphrosunè au niveau politique :
“et les faisait se conduire avec tempérance sauf rossunen polyiteestille non par un enseignement purement verbal psilo logo t qu' suffisait pas de de faire un cours sur l'éthique anikomac mais bien plutôt par l'exemple de toute sa manière de vivre”
Marinus, lu par Philippe Hoffmann, sur les vertus purificatrices :
“la tempérance était devenue l'absence de tout commerce avec l'inférieur et ce n'était même plus la modération des passions mais la suppression absolue et totale de toute passion”