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Podcasts/Andrea Cirla/Benmakhlouf, Ali

Benmakhlouf, Ali

philosophe, spécialiste de logique et de philosophie arabe médiévale, auteur de travaux sur Frege et Averroès

La présentation par les organisateurs n'est pas transcrite ; l'orateur salue la présence du philosophe Frédéric Gros dans la salle.

Medieval Arabic Philosophy: What Transmission? What Relevance? ● Ali Benmakhlouf

Andrea Cirla · Dec 21, 2024 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique d'une conférence d'environ trois quarts d'heure, sans la discussion.

Core ideas

Ali Benmakhlouf récuse l'image d'un « âge d'or » de la philosophie arabe médiévale, trésor de significations figé qu'il faudrait restituer. Cette image va de pair avec la question récurrente du « déclin » après Averroès. Selon lui, ce qui se transmet n'est pas un sens mais une compréhension. En témoigne le souci du public chez les commentateurs, qui déclinent leurs lectures d'Aristote en abrégés, commentaires moyens (talkhîs) et grands commentaires (tafsîr). Il s'appuie sur deux outils. Le premier vient de Pierre Hadot : toute tradition, traduction ou exégèse produit glissements et contresens. Le second est le « champ de présence » de Michel Foucault : le savoir grec fut un présupposé nécessaire de la philosophie arabe, comme celle-ci le fut pour la Renaissance. Le contresens type est la prétendue « double vérité ». Ni Averroès ni les philosophes de langue arabe, musulmans ou juifs, n'ont opposé philosophie et révélation. Le Discours décisif concilie la sagesse (hikma) et la loi (charia), et c'est la lignée de Renan, puis les traductions de Léon Gauthier (1908) et de 1996, qui ont imposé le mot « révélation ». Loin d'une copie pâle, le commentaire est créateur. La phrase nominale arabe sans copule conduit à utiliser le pronom (« Socrate, lui, animal ») et révèle la fonction de focalisation de la copule, que Quine retrouvera. Al-Kindî fait de la dialectique aristotélicienne une « dialectique interculturelle » qui passe Aristote lui-même au crible : même pour le réfuter, il faut le lire.

La philosophie entre dans la cartographie des savoirs islamiques sous le label de la « sagesse », terme coranique, alors que falsafa ne l'est pas. Averroès lit « le Livre et la sagesse » comme désignant la plus haute forme de savoir, la démonstration aristotélicienne, là où l'école chaféite y voyait la Sunna. La charia devient chez lui une voie épistémique qui oblige à connaître l'« artisan » du monde, mot choisi pour rester compatible avec l'éternité du monde. Avant les traductions, la philosophie était déjà là sans dire son nom, dans les débats théologiques sur l'unité de Dieu et ses attributs (la philosophie « née deux fois » selon Jean Jolivet). Pour éviter la concurrence avec le savoir religieux, les philosophes, souvent logiciens et médecins, construisent une « prudence épistémique » qui distingue le vrai religieux (al-haqq) du valide (sahîh, démonstratif). Un savoir se juge à sa validité, non à son origine, comme on juge un couteau rituel à son hygiène et non à son fabricant. Avicenne garde la vérité cardiocentrique d'Aristote mais suit Galien en médecine pour « sauver les phénomènes ». La formule « le vrai ne contredit pas le vrai » joue sur deux vrais. Cette prudence passe par Siger de Brabant, qui dit seulement commenter Aristote, puis par la préface d'Osiander à Copernic, qui fait des hypothèses de simples outils, jusqu'à Galilée, condamné pour avoir présenté l'héliocentrisme comme une vérité.

Benmakhlouf souligne enfin les affinités entre philosophie médiévale et contemporaine, comme l'ont fait Peter Geach, Anthony Kenny, Claudine Tiercelin, Alain de Libera ou Claude Panaccio, et lui-même avec Frege et Averroès. Il donne plusieurs exemples. La distinction entre prédiquer et asserter fait de la négation, non pas des « ciseaux », mais une autre présentation d'un même contenu. Averroès traite déjà dialectiquement l'antinomie de l'éternité du monde, bien avant Kant, et la dissout comme une question de « dénomination » (tasmiya), en philosophe du langage. Ibn Khaldoun rapporte que le titre de « calife du calife de l'envoyé de Dieu » devint imprononçable et fut remplacé par « commandeur des croyants ». En conclusion, il cite Jack Goody et Foucault contre l'appropriation occidentale de l'humanisme. La charia est une jurisprudence historique, qu'Al-Fârâbî jugeait modifiable, et non une loi fixée dans le Coran comme le colonialisme l'a figée. La philosophie arabe s'est tenue à l'écart de la théologie, au prix d'une grande précarité selon Leo Strauss. Pic de la Mirandole voyait dans ces philosophes ceux qui vivent « sous la conduite de l'intellect », et Ibn Bajja met au sommet des rencontres humaines la rencontre intellectuelle, recevoir ou dispenser une science.

Excerpts

Ali Benmakhlouf sur son hypothèse :

“Ce qu'on transmet, ce n'est pas le sens ou la signification, mais ce que l'on transmet, c'est précisément la compréhension. Les philosophes arabes avaient le souci de l'adresse du public à qui les lisaient. C'est pourquoi, quand ils commentaient les œuvres grecques, ils ont euh décliné leurs commentaires sous forme de trois types”

Ali Benmakhlouf sur le contresens de la « double vérité » :

“Or, cette notion de philosophie d'un côté, révélation de l'autre n'a jamais été soutenue par les philosophes arabes. On leur a attribué ce point.”

Ali Benmakhlouf sur Averroès et la validité :

“Averroès va dire le savoir ne se juge pas quant à son origine, mais il se juge quant à sa à sa validité. C'est-à-dire que euh euh on ne dit pas et parce que la grande question, c'était pourquoi importer ce savoir venu des Grecs. Eh bien, la question, c'est de dire de de de rendre vaine euh frapper d'inanité la question de l'origine.”