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Luciani, Sabine

professeure de langue et littérature latines à Aix-Marseille Université, autrice de Temps et éternité dans l'œuvre philosophique de Cicéron

Cicéron, consolateur inconsolable

Andrea Cirla · Dec 25, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (environ quarante-quatre minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, avec quelques erreurs de reconnaissance sur des noms)

Core ideas

La consolation, genre antique, pratique moderne. Luciani observe que nous pratiquons la consolation, mais que le mot nous parle peu et que nous préférons « réconfort » ou « empathie ». Dans l'Antiquité, la consolation est un genre littéraire à l'interface de la rhétorique et de la philosophie, régi par des normes et par un devoir social (les officia), pour le deuil mais aussi l'exil, la maladie, la disgrâce. La lettre de Cicéron à un correspondant peu identifié, sans doute la plus ancienne lettre de consolation latine conservée, suit une méthode : d'abord s'associer à la peine, puis argumenter (nous sommes mortels, tu n'es pas le seul, la mort n'est pas un mal), en adaptant ces lieux communs au contexte, ici la fin de la République. Lincoln à madame Bixby offre une version politique de cet exercice.

Cicéron consolateur, puis inconsolable. En 45, la mort de sa fille Tullia après l'accouchement plonge Cicéron dans une crise ; il écrit à Atticus que « ma douleur est plus forte que toute consolation », et entreprend de se consoler lui-même par un écrit (la Consolatio, perdue, dont on a des fragments, et ensuite les Tusculanes). Luciani rappelle l'idée de la philosophie comme médecine de l'âme, issue de la période hellénistique et soulignée par Pierre Hadot, et la distinction de Cicéron entre le chagrin extérieur (maeror) et la douleur intérieure (dolor) : on peut réprimer les signes, non la douleur. Elle note la mortalité maternelle et infantile de l'Antiquité, qui explique que la mort fût plus familière.

Les limites de la raison, la valeur du geste. Le texte de Philippe Forest sur la « société de consolation » rappelle l'exigence moderne de ne pas souffrir ; les stoïciens voulaient éradiquer le chagrin, que Cicéron, qui n'est pas stoïcien, critique tout en le prenant comme modèle d'un idéal difficile à atteindre. Luciani juge que les arguments rationnels échouent souvent, car la raison n'est pas imperméable à l'émotion : ce qui compte est le geste d'écrire, de s'adresser à l'autre, de faire attention à lui, d'être là. Elle dit que la lecture de Cicéron l'a plus émue que consolée, et que l'on a parfois besoin d'être ému pour être consolé.

Excerpts

“« ma douleur est plus forte que toute consolation »”

“« la philosophie comme médecine de l'âme »”

“« le geste d'écrire le geste de s'adresser à l'autre le geste de faire attention à lui d'être là »”