Truffaut, François
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ dix minutes ; sous-titres YouTube anglais, apparemment traduits de l'entretien italien, d'un ton écrit et de bonne tenue)
Core ideas
Une vocation née pendant la guerre. Truffaut raconte avoir d'abord voulu écrire des livres (Balzac), puis s'être passionné pour le cinéma français sous l'Occupation, puis pour le cinéma américain à la Libération : les centaines de films vus ensemble (Welles, Ford, Hitchcock), dont Citizen Kane, lui donnent l'idée d'en faire. Il se dit très français culturellement (Renoir, la littérature) mais pas patriote, ne pas aimer « la France officielle », sans doute pour des raisons liées au père qu'il n'a jamais connu ; il a toujours refusé de tourner pour la production américaine ou dans une autre langue. Il parle de la guerre comme d'un temps d'autonomie pour les adolescents, avec ses privations mais aussi un apprentissage plus rapide de la vie, et de la Libération comme d'une fête.
Maîtres, violence, instinct. Ses maîtres sont des réalisateurs qui ont commencé au muet : Chaplin d'abord, puis ceux qui s'expriment à la première personne (Rossellini, Fellini, Buñuel, Bergman). Il dit que ses films contiennent une violence intérieure (Adèle H.), mais qu'il refuse de montrer la violence physique : quand on la montre pour la dénoncer, « ce n'est pas la vérité », c'est une incitation, et « les réalisateurs sont responsables de ce qu'ils montrent ». Il dit n'être « pas un homme d'idées mais de sensations » : il a commencé à travailler à quatorze ans, avance par instinct plutôt que par réflexion, évite les discours trop théoriques et pense que chacun doit se faire sa philosophie sans y engager les autres. Il compare les intellectuels aux riches qui envoient les pauvres faire la guerre.
Nouvelle Vague, 68, enfants, fin de siècle. Il voit dans la Nouvelle Vague un rajeunissement du cinéma, un retour aux origines où l'on débute jeune (Chaplin, Einstein, Dreyer), en citant Resnais, Rivette, Rohmer. Il juge mai 68 très important, né d'une union de mécontentements contre l'autorité excessive de de Gaulle (neuf millions de grévistes), en désignant Michel Debré comme responsable, et il le juge positivement dix ans après, malgré des excès. Il aime les enfants au cinéma, parce que leur importance dans la vie n'est pas reproduite à l'écran ; faire un film, c'est se concentrer un an sur une histoire et ajouter une pierre au mur de l'œuvre. Il pense que le tournant de l'an 2000 crée une angoisse, mais que l'enthousiasme reviendra avec le siècle suivant.
Excerpts
“« It is the tragedy of my life, the fact that I am neither very intelligent nor very educated. »”
“« I have the impression that I move forward better with instinct than with reflection. »”
“« Directors are responsible for what they show, I am convinced of it. »”
“« Intellectuals are the rich who send others to fight. »”