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Podcasts/Andrea Cirla/Fleury, Philippe & Madeleine, Sophie

Fleury, Philippe & Madeleine, Sophie

Fleury, Philippe: latiniste, directeur du Plan de Rome, la maquette virtuelle de la Rome antique de l'Université de Caen Normandie

Madeleine, Sophie: archéologue et historienne de l'architecture, responsable avec lui de la restitution virtuelle du Plan de Rome

Les deux intervenants ne sont appelés que par leurs prénoms, « Philippe » et « Sophie » ; ils sont identifiés par le cadre des nocturnes du Plan de Rome qu'ils animent. Philippe présente l'histoire et l'usage du plan ; Sophie mène la visite virtuelle de la salle du forum de la Paix. Des questions du public suivent.

The Forma Urbis Romae: a mysterious plan of Rome

Andrea Cirla · May 2, 2026 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique d'une conférence publique avec projection, de qualité correcte.

Core ideas

Philippe Fleury présente la Forma Urbis Romae, nom moderne d'un immense plan de Rome gravé sur marbre au 1/240e, d'environ 18 m sur 13. Il n'est mentionné par aucun texte antique. Des fragments sont découverts en 1562 au pied d'un mur du forum de la Paix, près de l'église des Saints-Côme-et-Damien, et recueillis par le cardinal Farnèse. Ils sont dessinés par les savants, puis oubliés : les maçons du palais Farnèse s'en servent pour bâtir des murets de jardin, dont on en retirera plus tard 600, et d'autres finissent sans doute au four à chaux. On n'a retrouvé qu'environ un dixième du plan, dont la moitié seulement est positionnée. Les fragments sont aujourd'hui présentés au sol, sous verre, dans un musée ouvert en 2024 sur le Caelius, et numérisés par l'université Stanford. Pour l'historien de la topographie, le plan est exceptionnel parce qu'il est daté avec précision : mur reconstruit sous Septime Sévère après l'incendie de 192, Septizodium achevé en 203, inscription mentionnant « nos empereurs » Sévère et Antonin (Caracalla). Il se situe donc entre 203 et 209.

Le plan représente toute la ville vue en coupe au niveau du rez-de-chaussée, orientée au sud-est, avec quelques éléments en trois dimensions : triangles pour les escaliers, arcs de triomphe dessinés avec leurs arches, points pour les colonnes, trait ondulé pour l'eau des latrines. Chaque bâtiment est fidèle, comme le montrent les escaliers de la courbe du Grand Cirque, retrouvés aux mêmes travées que sur le plan. L'assemblage général l'est moins : le temple de Claude dévie de 21°, sans doute à la jonction de plusieurs relevés partiels, mais les écarts restent ailleurs de 2 à 4°. Placé trop haut pour être étudié en détail, le plan ne pouvait servir à la consultation, pas plus que la colonne Trajane à suivre une campagne. Philippe Fleury le replace dans la tradition romaine des copies cadastrales gravées sur bronze ou marbre. Il cite le fragment de la via Anicia, avec longueurs de façade et noms de propriétaires, les cadastres d'Orange, et des plaques ratées retrouvées au forum de la Paix, signe d'un atelier de cartographie. Il propose que le grand plan ait attesté la validité de documents plus précis, comme les diplômes militaires renvoyaient à une copie affichée au Capitole, ou les affranchissements gravés à Delphes.

Sophie Madeleine présente la restitution de la salle et de ce forum végétalisé, lieu muséal où étaient exposés des originaux grecs (bases signées de Praxitèle, Céphisodote, Parthénoclès) et le chandelier à sept branches pris à Jérusalem. Les traits du plan étaient rehaussés de minium, et un fragment récent publié par Paola Ciancio Rossetto suggère que de larges lignes rouges marquaient les limites des régions administratives. Une expérience de lecture à l'échelle 1 dans la salle de réalité virtuelle de l'université montre que 23 des 27 inscriptions testées sont lisibles depuis le sol ; la taille des lettres ne dépend pas de la hauteur, et le Septizodium sévérien est peut-être mis en valeur par propagande dynastique. L'équipe teste aussi l'hypothèse de Roberto Meneghini et Riccardo Santangeli Valenzani d'un double consultable : des plaques de bois de même format, manipulables, rangées dans quinze armoires et repérées par rangée et numéro « comme à la bataille navale ». L'animation de la pose montre des plaques montées par rangées, fixées par agrafes en L, chevilles et mortier, puis gravées en place, ce que prouve la continuité des traits d'une plaque à l'autre. Les deux intervenants concluent que la vitrine monumentale et l'usage administratif ne s'excluent pas, et que l'énigme reste entière.

Excerpts

Philippe Fleury sur le plan comme attestation affichée :

“Est-ce que ce plan, est-ce que ce grand plan affiché sur le mur ne serait pas en quelque sorte une attestation de la validité des plans qui par ailleurs étaient beaucoup plus précis et consultable immédiatement ? Je vais vous donner deux parallèles qui font penser à ça. Lorsqu'un soldat partait en retraite, on lui mettait un diplôme, un gravé sur une petite plaque, c'était son diplôme qui attestait qu'il avait servi et que maintenant il était en retraite.”

Sophie Madeleine sur la réalité virtuelle comme outil d'expérimentation :

“Alors, je vais vous faire voir le résultat de cette expérimentation et vous allez voir que cette fois la réalité virtuelle n'est plus un simple outil de représentation mais elle devient un véritable outil d'expérimentation. Alors attention, tout ce que je vais vous exposer maintenant est purement hypothétique, mais l'expérimentation nous permet en quelque sorte de réaliser une étude de faisabilité.”

Philippe Fleury sur la preuve que la gravure a été faite après la pose :

“on voit que la gravure va parfaitement d'une plaque à l'autre, y compris y compris dans le champfrain parce que toutes les plaques sont légèrement champfrainées et là on voit que c'est ça se suit impeccablement. Ça aurait pas été possible de le de d'avoir un trait aussi exactement ajusté si on avait monté les plaques après.”