Weill-Parot, Nicolas
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Core ideas
Définir la science médiévale, entre deux écueils. Weill-Parot, qui parle de « double marginalisation » (des historiens médiévistes et des historiens des sciences), refuse de dissoudre l'histoire des sciences dans l'histoire des savoirs au nom d'un relativisme cognitif. Suivant Daniel Jacquart, il définit la science médiévale (scientia) comme une entreprise de connaissance rationnelle du monde naturel fondée sur une exigence de systématicité interne, non sur l'expérimentation contrôlée. Elle naît au XIIe siècle de la renaissance des écoles, des traductions du grec et de l'arabe (la régression du haut Moyen Âge est linguistique, non due à un « obscurantisme de l'Église »), et des universités. Il récuse à la fois le « précursoritisme » (Duhem, selon Edward Grant : une réhabilitation en trompe-l'œil qui sauve Roger Bacon pour dénigrer la scolastique) et le relativisme (Kuhn, Boudon, Boghossian), car la science moderne est plus vraie que la médiévale (Galilée plus proche du vrai que Ptolémée), sans que la médiévale perde sa légitimité rationnelle ; Guy Beaujouan le formule : la science moderne se contente d'explications fonctionnelles, la médiévale cherche des explications ontologiques.
Deux modèles au XIIIe siècle : le clos et l'ouvert. Le modèle dominant, représenté par Albert le Grand, est celui d'une science « close » qui croit pouvoir tout expliquer grâce à Aristote ; face à l'inexpliqué, il recourt à la « propriété occulte » (les médicaments, l'aimant), qui « explique sans expliquer » : l'inconnu est converti en occulte naturel définitif, ce qui est un acte hautement rationaliste et permet la notion de « magie naturelle » (artificielle, mais à cause occultée). Le modèle minoritaire, celui de Roger Bacon, est une science « ouverte » : la nature a des secrets, provisoirement cachés et promis au dévoilement par la science expérimentale, qui articule ars et natura et dépasse la nature. Bacon rejette la magie, liée à l'Antéchrist, et dresse une liste d'inventions (navires sans rameurs, chars sans animaux, machines volantes, scaphandre).
L'utopie scientifique de Bacon. Cette liste est, selon Weill-Parot, une « utopie scientifique » : une antimagie (la cause est dévoilable, non occulte, comme le tramway de Weber), qui extrapole à partir de la science de l'époque (optique, statique de Jordanus), cherche des précédents dans des récits anciens (rétro-utopie, restauration d'une science perdue) et s'inscrit dans une perspective eschatologique, avec une utilité surtout militaire, face aux magiciens de l'Antéchrist (influence joachimite). Dans les deux modèles, il voit une profonde confiance dans l'adéquation de la raison scientifique et de l'ordre naturel.
Excerpts
“« la propriété occulte explique sans expliquer et assume le fait qu'elle n'explique pas »”
“« il y a pas besoin d'aller chercher on ne sait quel obscurantisme supposé de l'église qui aurait été hostile aux science »”
“« Galilée est plus près de la vérité que ptoléé le grand maître de l'astronomie médiévale »”