Jankélévitch, Vladimir & Jan, Isabelle & Schwab, Françoise & George, François & Comte-Sponville, André & Klein, Pierre-Michel & Canto-Sperber, Monique & Maggiori, Robert & Hansen-Løve, Laurence & Raveling, Wiard
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique d'un montage d'environ trois heures mêlant reportages, entretiens, lectures et archives sonores ; les passages musicaux ne sont pas transcrits.
Core ideas
L'hommage suit la vie de Jankélévitch, depuis la tombe toute simple de Châtenay-Malabry, où il repose parce que ses parents avaient fini leurs jours dans la maison de Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups. Jankélévitch lui-même y juge les tombeaux insignifiants : le mort n'est pas au cimetière mais dans les livres et la pensée qu'il a laissés. Son père Samuel, médecin juif d'Odessa venu en France fuir l'antisémitisme, fut le premier traducteur de Freud et traduisit aussi Hegel. Normalien, ami de Louis Beauduc auquel il écrit pendant plus de cinquante ans, Jankélévitch rencontre Bergson à vingt ans. Il consacre à son « maître », qu'il n'a jamais eu pour professeur, un livre que Bergson préface. Dans une archive de 1959, il défend le bergsonisme comme philosophie d'avant-garde : philosophie de la plénitude et de l'immédiat, pour laquelle « comprendre, c'est faire », l'homme est le temps et la liberté mêmes, le héros et le saint enseignent par l'exemple, et la charge de la preuve incombe à celui qui nie. À Prague (1927-1932), il lit les mystiques et Joseph de Maistre, organise des concerts et fréquente les philosophes russes émigrés. Il évoque ensuite Berdiaev à Clamart et surtout Léon Chestov, « l'homme des confins », qui l'a le plus influencé. Révoqué deux fois par les lois antisémites de Vichy, il enseigne clandestinement à Toulouse, notamment à Edgar Morin, écrit des tracts et porte partout le manuscrit du Traité des vertus. Sa nièce Isabelle Jan décrit un marcheur infatigable que la clandestinité n'empêchait pas d'aller de café en café.
Le cœur philosophique tient dans les vertus, la musique et l'instant. Pour Jankélévitch, les vertus se lisent les unes dans les autres « comme un être de cristal ». L'amour les rend toutes inutiles, et le mal est leur disjonction. André Comte-Sponville retient la pluralité des vertus qui se tempèrent mutuellement, et lit la page où la charité, spontanée, l'emporte sur la pitié, « à la remorque du malheur ». La musique est « la moitié de sa vie ». Langage de l'indétermination et de l'ineffable, elle parle quand « la parole manque » (Janáček). Elle donne une nostalgie du « jadis » et de « l'ailleurs », portée par la lenteur des dumkas, des blues et des berceuses. François George souligne qu'on peut penser selon la musique mais non la penser, comme le temps ou la mort, et rattache le « presque rien » au pianissimo de Debussy, son musicien préféré. Pierre-Michel Klein, qui joua du piano dans la cour de la Sorbonne en Mai 68, lit la page sur l'irrévocable : « celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été ». C'est le fondement de l'idée que la haine exterminatrice ne peut anéantir l'avoir-été d'une petite fille morte dans un camp. Monique Canto-Sperber situe son œuvre dans la philosophie morale du XXe siècle, autonome comme chez Moore ou Jaspers, et souligne son vocabulaire du paradoxe et de l'entre-deux, mal connu à l'étranger. Robert Maggiori décrit un philosophe longtemps tenu pour un « Martien » face au marxisme, à la phénoménologie et aux sciences humaines. Il voit dans le « je ne sais quoi » un concept rationaliste du XVIIe siècle (Gracián, Montesquieu), qui dit le presque rien sans lequel tout manque.
L'émission montre aussi l'homme engagé. Jankélévitch croyait à la méchanceté comme limite irréductible, se disait accablé par la « sécheresse » de ses contemporains et ouvrit en 1979 les États généraux de la philosophie, où « le combat pour la philosophie, c'est encore de la philosophie ». Il était le « marcheur infatigable de la gauche », conscient que l'action exige « de grosses mains » qui sacrifient les nuances. Laurence Hansen-Løve rappelle le professeur joyeux et indulgent, puis discute L'Imprescriptible. Le crime contre l'humanité y vise l'essence même de l'homme, et non des opinions. Elle juge toutefois qu'il s'est trompé en le tenant pour absolument unique, citant les Arméniens, le Rwanda et la Bosnie. Jankélévitch, qui refusait langue, philosophie et musique allemandes, disait n'avoir jamais reçu une lettre d'un collègue allemand assumant la honte. L'émission se clôt sur Wiard Raveling, qui lui écrivit en 1980 après l'avoir entendu au Masque et la Plume. Jankélévitch répondit qu'il attendait cette lettre depuis 35 ans, refusa d'aller en Allemagne mais l'invita à sonner chez lui « comme le messager du printemps ».
Excerpts
Vladimir Jankélévitch sur ce qui l'attire en philosophie :
“ce qui est intéressant c'est peut-être ces moments aigus dans lesquels l'homme est à la CIM de lui-même pas en quelque sorte intermédiaire entre entre l'être et le non-être comme dans la mort j'ai écrit des bouquins sur la pureté le pur et l'impure également dans la collection de flamarion j'ai parler du je ne sais quoi du mystère chez de Busi l'ineffable la musique est l'ineffable en moral les problèm des extrêmes ce qui m'intéresse c'est les extrêmes”
Vladimir Jankélévitch sur la musique :
“la musique c'est le langage de l'indétermination parce qu'elle conduit avec elle plusieurs lignes de sens sans nous obliger à choisir n'est-ce pas elle exprime et n'exprime pas elle exprime des tas de choses ensemble ou bien elle n'exprime rien comme vous voudrez donc c'est une expression équivoque multivoque”
Vladimir Jankélévitch répondant en 1980 à Wiard Raveling, lettre lue par ce dernier :
“cher monsieur je suis ému par votre lettre j'ai attendu cette lettre pendant 35 ans je veux dire une lettre dans laquelle l'abomination est pleinement assumée et par quelqu'un qui n'y est pour rien c'est la première fois que je reçois une lettre d'allemand une lettre qui ne soit pas une lettre d'autojustification plus ou moins déguisée”