Delumeau, Jean
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Core ideas
Un surdoué de Calabre devenu prisonnier. Tommaso Campanella naît en 1568 dans une famille calabraise modeste et entre à quatorze ans chez les dominicains, la voie d'ascension sociale habituelle pour un enfant du peuple (comme le pape Sixte Quint chez les franciscains). Doué d'une mémoire prodigieuse, il écrit en prison de nombreux ouvrages, comme Soljenitsyne au goulag, en latin et en italien, mais « mauvais » latin et italien, car ce n'est pas un humaniste. Une partie de son œuvre est perdue, le reste est conservé dans les bibliothèques de France et d'Italie (Mazarine, BNF, Saulchoir) ; sa théologie en trente volumes n'a été éditée qu'au XXᵉ siècle.
Conjuration, folie simulée, conversion. Après avoir inspiré une conjuration en Calabre contre le vice-roi de Naples, il est arrêté, torturé et jugé par un tribunal d'inquisition aux deux sections (conjuration et opinions religieuses). Il évite la mort en simulant la folie, au prix de trente-six heures de la torture de la veille (« la veglia »), puis passe vingt-six ans en prison à Naples. Soupçonné d'abord de déisme, il semble s'être converti vers 1603 et se présente aux papes, aux rois d'Espagne et aux archiducs comme le champion du catholicisme qui ramènera hérétiques et païens dans l'Église. Paradoxe : ce sont des luthériens allemands, grâce à Tobias Adami, qui publient ses manuscrits. Libéré en 1626, il est repris par l'Inquisition à Rome, mais devient astrologue confidentiel du pape Urbain VIII, inquiet d'un horoscope funeste : cérémonies secrètes au Quirinal pour écarter l'influence des astres. L'affaire s'ébruite et il part pour la France.
Pensée, Cité du Soleil, millénarisme. Anti-aristotélicien tout en ménageant saint Thomas (qui n'aurait pu faire autrement pour se faire entendre), Campanella écrit en prison La Cité du Soleil, publiée en annexe de la Philosophia realis : île imaginaire autour d'un temple du soleil, murs peints d'une pédagogie illustrée, travail manuel et intellectuel pour tous, filles et garçons à l'école, procréation eugénique réglée par des matrones et des astrologues, propriété abolie, y compris celle des enfants. Delumeau y voit non une utopie à la manière de Thomas More mais une prophétie : après les cataclysmes annoncés par les astres viendront les mille ans de l'Apocalypse (chap. 20), et la cité s'étendra à la chrétienté puis au monde. Son projet politique est une théocratie universelle : le roi d'Espagne (puis, à Paris, le roi de France) comme lieutenant du pape.
Fin de vie à Paris, bilan. Accueilli par les libertins, qui l'ont d'abord pris pour un des leurs, il écrit à Richelieu un traité de chiromancie, dresse l'horoscope du petit Louis XIV et lui dédie une églogue latine de 250 vers inspirée de Virgile. Il n'a pas défendu la liberté de conscience (il regrettait que Charles Quint n'ait pas fait tuer Luther) mais la liberté de la recherche, avec son apologie de Galilée. Resté « Janus bifront » (admirateur de Colomb, il n'a jamais affirmé le mouvement de la Terre), attiré par l'extraordinaire plutôt que par la mesure, il passe à côté de la science naissante. Delumeau raconte aussi sa rencontre avec Marguerite Yourcenar en 1968 : le procès de Zénon dans L'Œuvre au noir s'inspire de celui de Campanella.
Excerpts
“« il devient l'astrologue confidentiel du pape »”
“« on n'a jamais eu une théocratie aussi nettement formulée que celle de Campanella »”
“« la vie de Campanella et son œuvre sont un roman à eux seuls »”