Smith, Benedict
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Core ideas
Le problème : placer la normativité dans la nature. Smith part du regain d'intérêt pour les formes de « naturalisme libéral » (McDowell) qui, contre le naturalisme scientifique orthodoxe, veulent rendre compte de la normativité (raisons, intentionnalité, agentivité rationnelle) sans supposer d'abord un monde décrit par les sciences où il faudrait la « placer » (le problème de la localisation, de Jackson, Price, Blackburn). La notion sellarsienne d'« espace des raisons » (une connaissance se situe dans un espace où l'on justifie et peut justifier) est opposée à l'espace des causes (Rorty, McDowell) ; Blackburn y voit un dualisme à visée anti-naturaliste, et lit Wittgenstein comme un allié qui permettrait de rester « de notre côté » des pratiques et des jeux de langage, sans métaphysique.
La normativité incarnée de Wittgenstein. Smith conteste cette lecture. Quand Wittgenstein dit que les justifications s'épuisent (« j'ai atteint le roc, ma bêche est retournée : voilà simplement ce que je fais »), ce qui est désigné n'est ni dans l'espace des raisons ni dans celui des causes, mais est non rationnel (« unreasonable ») et pourtant normatif : agir « aveuglément » n'est pas arbitraire, c'est agir avec droit. De la certitude décrit une certitude objective, animale, instinctive, qui n'est ni justifiée ni injustifiée mais fonde les raisons : on n'établit pas qu'on a deux pieds avant de se lever. Smith y voit un esprit « enactiviste » (action, incarnation) et un naturalisme libéral : commander, interroger, raconter, bavarder font partie de notre histoire naturelle comme marcher ou manger, et l'on tomberait dans un « mythe du donné » partiel en faisant surgir le normatif du non-normatif.
Hume, naturalisme libéral ou « libérateur ». Smith rapproche Hume (la « science de l'homme » fondée sur l'observation prudente de la vie humaine, la crise sceptique du livre I apaisée par la vie ordinaire avec les amis, le trictrac) d'un naturalisme plus riche qu'on ne le dit. Il répond à Hutto et Satne (le libéralisme gonfle l'ontologie ; leur naturalisme « libérateur » décrit simplement nos pratiques) que le libéralisme n'étend pas la nature mais montre le naturalisme scientifique comme une restriction. Conclusion : le « problème du placement » suppose déjà une coupure entre nature et sens ; chez Wittgenstein, le monde est l'arrière-plan hérité et normatif de la vie, et « normativité et monde naturel sont primitivement unis ».
Excerpts
“« Then I am inclined to say this is simply what I do. »”
“« the natural world is the ordinary world in which normativity already has its own »”
“« normativity and the natural world are primitively united »”