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Podcasts/Andrea Cirla/Passeron, Jean-Claude

Passeron, Jean-Claude

sociologue, auteur du Raisonnement sociologique, coauteur avec Pierre Bourdieu des Héritiers et de La Reproduction

Il s'agit d'une conférence publique suivie de questions de la salle, dont les intervenants ne sont pas nommés.

Le raisonnement sociologique — Jean-Claude Passeron (2000)

Andrea Cirla · Sep 12, 2026 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité. Passeron saute faute de temps deux points annoncés, l'exemple de sociologie électorale et le détail du principe de rationalité.

Core ideas

Jean-Claude Passeron reformule sa question : que signifie « faire preuve » dans une science historique comme la sociologie ? Il ne veut pas prescrire une méthode, une théorie ou une énième « refondation » de la discipline, mais décrire comment raisonnent effectivement les sociologues. Sa thèse écarte deux images fausses : la sociologie comme savoir totalisant de la société, et la sociologie comme science « molle » qu'il faudrait durcir à grand renfort de mathématiques. Les propriétés de la preuve des autres sciences, la démonstration apodictique des sciences logico-formelles et la réfutabilité poppérienne des sciences expérimentales, n'ont jamais pu être transposées telles quelles. Il existe un troisième régime de scientificité, celui des sciences de l'explication en contexte. Passeron le présente comme un septième « style » de raisonnement, à ajouter aux six styles d'Alistair Crombie, et l'appelle indifféremment raisonnement sociologique ou historique. Il l'a établi en enquêtant sur un corpus d'argumentations d'historiens, d'anthropologues, de sociologues et d'économistes de diverses écoles. Ces argumentations ne relèvent ni des opérations de la logique formelle ni des figures de la rhétorique, mais de « schèmes » chargés de contenu empirique, comme le plus fréquent, le schème adversatif « certes... mais », ou les proportions de Dumézil.

L'univers de la preuve dans ces sciences a quatre propriétés. La pluralité des théories est l'état normal, et non le signe d'une jeunesse. Les concepts sont idéal-typiques au sens de Weber. Les explications sont contextuelles, donc toujours partielles et interminables. L'interprétation du sens des actions est indissociable de leur explication. Passeron prolonge Weber avec la logique du langage : les concepts du sociologue, comme féodalisme, capitalisme ou césaropapisme, sont des « semi-noms propres ». Ils contiennent une part de déictique et supposent que l'interlocuteur connaisse les mêmes exemples historiques (la féodalité du Moyen Âge chrétien, celle des Royaumes combattants, l'ère de Kamakura), comme on identifie quelqu'un en le comparant à un type d'acteur. D'où la distinction entre modèles purs, universels et sans déictique, comme la loi de Gresham, et modèles « adéictiques », dont le sens explicatif s'évapore dès qu'on les détache de leurs coordonnées spatio-temporelles. Quand on a fait tourner un modèle, la question « qu'est-ce que ça prouve ? » oblige toujours à revenir à l'enquête.

La fable du scorpion et de la grenouille illustre l'opposition entre sciences du modèle et sciences de l'enquête. Le scorpion persuade la grenouille par un argument utilitariste, puis la pique « parce que c'est dans sa nature » : c'est l'« anti-Ulysse » de Jon Elster, l'homo sociologicus pseudo-logique au sens de Pareto, rationnel en valeur chez Weber. Chaque grande théorie, de Pascal à Marx, Durkheim, Bourdieu, Freud, Lacan, Foucault ou Garfinkel, peut fournir une interprétation rationnelle de ce suicide, parce que la fable ne livre aucun contexte : pas de corpus, de comparaison, de statistique ni d'ethnographie. Les sciences sociales disposent, elles, de ces données, et la preuve y est une affaire de plus ou de moins, pas de tout ou rien. Passeron conclut avec Weber sur des sciences « éternellement jeunes ». Dans les questions, il défend une causalité probable et partielle, corrige les caricatures de L'Éthique protestante (un facteur parmi d'autres, pas une base d'induction) et refuse le statut de lois aux généralités comme la « loi d'airain de l'oligarchie » ou une loi de reproduction des inégalités, si vagues qu'elles ne sont « même pas fausses ».

Excerpts

Jean-Claude Passeron sur le troisième régime de scientificité :

“c'est simplement, voilà ma thèse, constater l'existence et la fécondité heuristique, donc scientifique, d'un tiers régime de scientific, d'un troisème régime pour aller vite au sabre d'abordage qui permet de distinguer entre le régime des sciences logico-formelles, je ne l'ai pas énuméré, le régime des sciences expérimentales qui peuvent recourir à l'expérimentation [...] et le régime que je vais rapidement décrire ici des sciences du de la de la description et de l'explication par et dans un contexte.”

Jean-Claude Passeron sur le retour à l'enquête :

“Quand on a fait tourner le modèle, on la question scientifique c'est zen what ça prouve quoi comme disait et là il n'y a que l'enquête, il faut retourner à l'enquête. Ce moment-là c'est le moment du retour à l'enquête sociologique ou d'histoire économique et cetera, qui est le retour à la particularité des cas.”

Jean-Claude Passeron sur la pluralité des théories :

“Les théories interprétatives des sciences sociales restent inévitablement, c'est mon point principal, euh multiple et concurrentes. Leur données d'observation ne permettent jamais, en effet ni une démonstration logique mathématique qui opérerait comme dans un pur système formel, ni un raisonnement expérimental qui pourrait être mené de bout en bout, toute chose étant égale par ailleurs.”