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Le conférencier part d'un constat : avant le XVIIIᵉ siècle, beaucoup d'économistes pensent qu'il n'y a ni science ni politique économique, alors que l'étude des monnaies antiques (notamment la métallurgie) révèle une gestion monétaire sophistiquée. Il commence par les origines de la monnaie : pas de monnaie chez les sociétés « primitives », où règne le don et contre-don ; un commerce lointain sans monnaie (le « troc silencieux » carthaginois d'Hérodote) ; des unités de compte (poids d'argent, deben égyptien, shekel mésopotamien) ; et l'idée que l'écriture cunéiforme naît de la comptabilité. Viennent ensuite les petits lingots standardisés puis les premières pièces frappées en Lydie, dont l'invention reste obscure : réduction des coûts de transaction pour la thèse classique, mais aussi, pour lui, effet du morcellement politique grec par rapport à l'autorité centrale perse. Le système romain (or, argent, bronze) ressemble à un étalon-or et dominera ensuite un grand « continuum » monétaire eurasien, à l'exception de la Chine.
L'exposé se concentre sur trois moments. Sous Néron (réforme de 64), le denier passe d'environ 100 % à 80 % d'argent, en parallèle dans l'atelier impérial et en Égypte, sans hausse des prix : le conférencier y voit l'introduction de la monnaie « fiduciaire », fondée sur l'autorité émettrice (les pièces sont reçues en paiement des impôts) et non sur le seul poids de métal, alors qu'en Inde, où l'on pèse le métal, les pièces d'avant 64 sont préférées. Il discute les causes possibles (épuisement progressif des mines d'argent d'Espagne, indices de pollution au plomb dans les glaces du Groenland) sans trancher.
Sous Marc Aurèle et Commode, au moment de la peste antonine et de la pression militaire sur les frontières, les tétradrachmes d'Alexandrie perdent près de la moitié de leur argent et les prix du blé en Égypte doublent. Mais il conteste que cette inflation soit celle de l'empire : presque tous les papyrus qui nous restent sont égyptiens (le climat sec les a conservés, ceux de Rome ont brûlé), tandis que les fondations alimentaires italiennes et africaines, le prix du blé en Sicile à trois siècles d'écart, les legs et le denier impérial ne montrent pas de rupture comparable. Il suggère qu'il s'agit d'une manipulation d'un système monétaire égyptien fermé, avec change artificiel, pour récupérer l'argent des bons deniers (les papyrus mentionnent d'« anciens » et de « nouveaux » drachmes), peut-être un ballon d'essai pour Septime Sévère, qui abaisse ensuite le titre du denier en brouillant le message.
Au IIIᵉ siècle, la confiance s'effondre : guerres civiles, invasions, quarante empereurs en quelques décennies, monnaies dégradées (antoniniani), thésaurisation et fonte de l'argent. Aurélien puis Dioclétien refondent le système : recensement, réquisition d'or et d'argent rachetés à un tarif imposé (environ une tonne d'or et 13 tonnes d'argent par an pour une province riche), monnaies d'or, d'argent et de bronze de bonne qualité, qui inspireront le monde byzantin, arabe et les royaumes successeurs. Mais le fisc cède à la tentation de dévaluer la petite monnaie, et l'inflation explose au IVᵉ siècle pendant que la monnaie d'or reste stable, d'où une segmentation sociale entre ceux qui ont de l'or et les autres. Il conclut que Rome a découvert le découplage entre monnaie physique et unité de compte, et rapproche cela, en plaisantant à moitié, des banques centrales, des inégalités depuis 2008 et des cryptomonnaies (où l'on « mine » encore).
Excerpts
“Donc, que fait Néron en ? On introduit euh de la fiducie dans la monnaie. Jusqu'à cette époque-là, on avait confiance dans la dans la pièce parce que la monnaie la pièce était une quantité de métal précieux avec une marque dessus. Euh à partir de Néron on s'aperçoit que alors peut-être parce qu'il y avait une certaine insuffisance de l'approvisionnement en argent, il y a une raison qui a stimulé cette réforme mais on on essaie une réforme et on se dit je vais baisser la quantité d'argent et voir ce qui se passe. On le fait, il se passe rien.”
“Parce que les Romains écrivaient tout sur des papyrus. Or les papyrus, ça ça se conserve pas dans un milieu humide. Donc il y a très peu de papyrus qui ont survécu en Gaule, en Italie ou ailleurs. Sans compter que ben les archives impériales à Rome, elles ont été brûlées au moins 10 fois.”
“Donc on arrive à euh à la à la conclusion, c'est que euh l'Empire romain a découvert le découplage entre la monnaie physique de métal et la monnaie unité de compte. Donc il y a une il y a une découverte vraiment de la de la fiducie.”