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Podcasts/Andrea Cirla/Granger, Gilles-Gaston

Granger, Gilles-Gaston

philosophe, spécialiste d'épistémologie comparative, professeur honoraire au Collège de France, auteur de L'Irrationnel et de La Pensée de l'espace

La personne qui présente l'orateur et anime les questions n'est pas nommée, pas plus que les auditeurs qui interviennent (dont l'un fait un long commentaire plutôt qu'une question).

Rationality and Reasoning — Gilles-Gaston Granger

Andrea Cirla · Jul 6, 2024 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique d'un exposé d'environ trois quarts d'heure et de la séance de questions.

Core ideas

Gilles-Gaston Granger demande si la rationalité d'une pensée ou d'un comportement est nécessairement le produit d'un raisonnement. Raisonner, c'est enchaîner des propositions selon des règles, mais aussi situer une pensée dans un contexte de causes et de conséquences, d'où un aspect constructif et un aspect critique. Pour la pensée, la première exigence est la logique au sens le plus strict. C'est une législation des inférences entre le vrai et le faux, indépendante du contenu, que l'on peut donc représenter par de simples positions d'objets et confier à des ordinateurs. Elle a été formulée tour à tour dans la syllogistique d'Aristote, chez les stoïciens, puis dans le calcul des propositions de Frege, avant de s'enrichir en calcul des prédicats. Mais la logique ne règle que la « tactique » du raisonnement, la manipulation locale des propositions, et non sa « stratégie » inventive. Les mathématiques, science du formel, montrent une rationalité productive. Le mathématicien invente des règles et des objets (corps, espaces vectoriels), rencontre des impossibilités qui sont des moments d'irrationalité féconds, et soumet sans cesse ses objets à la critique. Les formes de rationalité varient donc dans l'histoire des sciences. Granger maintient pourtant une « méta-rationalité » à deux exigences : chercher toujours des principes, même provisoires, et les suivre, quitte à les transformer. Le progrès scientifique est une « métamorphose » des notions antérieures plutôt qu'un abandon.

Pour le comportement, Granger part de la théorie économique, qui définit un agent rationnel maximisant son utilité sous contraintes. C'est une rationalisation spéculative qui, au contact de l'expérience, tend à devenir un calcul prescriptif. Qu'elle puisse fonder une pratique économique rationnelle universellement acceptée relève pour lui encore d'un « acte de foi ». Au niveau le plus ordinaire, un comportement rationnel suppose une prise en compte minimale des réalités et des conséquences (le contraire est l'ours de la fable, qui écrase la mouche avec son pavé). Il suppose aussi le bon sens, « la chose du monde la mieux partagée » selon Descartes, et la modération : son opposé est la passion, qui peut raisonner serré mais au service du seul désir. La rationalité technique se mesure au succès au moindre coût. Elle ne dépend de la science que depuis les XVIe-XVIIe siècles, les ponts romains en témoignent. Les pratiques magiques peuvent être cohérentes comme rituels mais restent irrationnelles par leur contenu et leurs échecs. Le succès n'est jamais qu'un indice faible de rationalité. Quant à l'action comme telle, la praxis, Descartes propose une morale provisoire faite de trois maximes, en attendant une doctrine définitive tirée de la science. Kant fonde au contraire une raison pratique formelle et universelle, parallèle à la raison théorique et fondée sur la liberté du sujet transcendantal.

Granger conclut que l'identification de la raison théorique et de la raison pratique est difficile. La rationalité pratique ne peut se passer d'une conception de la destinée humaine, qui varie avec les sociétés, alors que la rationalité de la pensée progresse par reprise et transfiguration de ses formes antérieures. Il refuse le rationalisme radical qui appliquerait la science à tous les problèmes de l'action, car cela exige ignorances hypocrites et raisonnements gauchis. Il rejette aussi une raison pratique figée en dogme, qui produit de « dangereuses caricatures de rationalité ». Il garde seulement l'espoir fragile que l'exemple de la rationalité scientifique aide un jour à stabiliser l'organisation collective de l'action. Dans les questions, il répond à un auditeur qui fait de la pensée une affaire personnelle que cette conception ignore la pensée scientifique. Il accepte la boutade de Bernard Shaw sur les « fous » qui font le progrès, à condition de la prendre au figuré. Il illustre la rupture qui transfigure sans abandonner par les nombres complexes, nés de l'impossibilité de la racine carrée d'un négatif et qui englobent les réels comme cas particulier. Il distingue enfin la croyance, état psychologique sans contrôle, de la connaissance vérifiée, et rappelle que le théorème de Gödel ne touche pas le calcul propositionnel et ne doit pas devenir un dogme.

Excerpts

Gilles-Gaston Granger sur les limites de la logique :

“l'examen et la pratique de cette législation radicale et initiale de toute pensée rationnelle et de tout raisonnement montre que elle ne gouverne en fait que ce qu'on pourrait appeler une tactique du raisonnement par opposition à ce qu'on appellerait plus volontiers une stratégie. Une tactique, c'est-à-dire une manipulation pas à pas et pour ainsi dire locale des propositions et de leur vérité.”

Gilles-Gaston Granger sur la méta-rationalité :

“D'une part, euh la cette méta-rationalité est une exigence de rechercher toujours des principes même si ces principes sont provisoires. Et d'autre part, c'est une exigence de suivre toujours ces principes au cours de notre raisonnement même si on est contraint par l'évolution même de ce raisonnement quelquefois de les modifier, de les transformer”

Gilles-Gaston Granger sur la rupture en science :

“Il la rupture est une condition sans doute nécessaire du progrès de la rationalité, mais ça n'est pas un abandon de la rationalité.”