James-Raoul, Danièle
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Core ideas
Le choix de « forme-sens ». James-Raoul explique que son dossier d'habilitation, intitulé « l'œuvre littéraire médiévale comme forme-sens » (le concept vient de Meschonnic), répond à trois résistances : étudier la littérature médiévale comme n'importe quelle autre, contre le préjugé qui la tient pour enfantine (« les hommes du Moyen Âge ne sont pas ces grands enfants »), imposer le projet stylistique, qui n'est pas un catalogue de procédés mais l'étude du sens produit dans une forme, et affirmer une cohérence qui s'est révélée dans la durée. Contre l'idée d'une littérature préformatée par une tradition rhétorique, elle soutient que les grands auteurs font passer leur génie dans le moule de la tradition, et que l'on ne peut séparer fond et forme (écriture, non ornement). Elle se méfie de l'altérité médiévale imposée par Zumthor : l'homme n'a pas fondamentalement changé, ce qui explique que ces textes nous parlent encore.
Parole empêchée et rhétorique du silence. Sa thèse porte sur la littérature arthurienne et la « parole empêchée », du silence radical à la parole voilée : raisons mythologiques et celtiques (les geis, le héros sans père, le Graal), raisons religieuses (les péchés de la langue, le multiloquium, la prédication), raisons courtoises (la mesure, le nom retenu). Parole et silence fonctionnent comme une dialectique prometteuse (se taire permet de mieux parler), qui engendre une « rhétorique du silence » : l'ineffable, le Graal comme emblème, la structure de l'entrelacement des fils, les descriptions encadrées pour un public qui passe de l'écoute à la lecture silencieuse, et un « pacte littéraire » par lequel le lecteur trouve sa place. Elle compare avec la chanson de geste (commémoration) et le roman (avenir inconnu du héros, chronotope arthurien centré sur l'aventure).
Chrétien de Troyes et la stylistique historique. Elle a choisi Chrétien de Troyes, qu'elle voulait d'abord éviter, comme « opérateur de rupture » et parce que ses cinq romans (Érec, Cligès, Lancelot, Yvain, Perceval) et deux œuvres annexes permettent de comparer, notamment pour les derniers vers de Lancelot attribués à Godefroi de Lagny. Elle a élaboré une « stylistique historique » : distinguer le « socle rhétorique » collectif de la fin du XIIe siècle de ce qui est propre à Chrétien. Pour la cohérence et la cohésion d'une œuvre destinée à être dite par séquences, elle observe les motifs qui ressurgissent, la redite pour le lecteur (derrière le personnage) et la répétition d'un mot-clé (la « joie » à la fin d'Érec et Énide), qui donne une identité au passage.
Excerpts
“« les hommes du Moyen-Âge ne sont pas ces grands enfants »”
“« la parole empêchée en fait c'est tout ce qui va du silence effectivement radical à la parole voilée »”
“« l'homme en tant que machine peut-être n'a pas fondamentalement changé »”