[Not Set]
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique d'une séance d'environ deux heures, exposé et longue discussion.
Core ideas
La séance porte sur le grand texte de Castoriadis, sous le nouveau pseudonyme de Paul Cardan, « Le mouvement révolutionnaire sous le capitalisme moderne » (numéros 31 à 33). L'orateur rappelle qu'il part d'un constat de Jean-François Lyotard dans le numéro 30. Pendant la guerre d'Algérie, la population est restée spectatrice et le prolétariat est une classe « en soi » qui ne pose pas la question du pouvoir. Castoriadis, d'abord minoritaire dans Pouvoir ouvrier, ne fait publier son texte qu'en invoquant l'article des statuts sur le droit d'expression des minorités. Ses thèses sont résumées ainsi. La « privatisation » marque le repli des salariés sur la vie privée. Le capitalisme bureaucratique, keynésien et réformiste, maîtriserait désormais les crises, le chômage et la hausse régulière des salaires, rendant secondaires les luttes revendicatives. La contradiction fondamentale devient celle d'un système qui tend à réduire les gens à de purs exécutants tout en ayant besoin de leur participation, dans le travail mais aussi dans la famille, l'école ou la ville. D'où un programme que l'orateur résume comme une « humanisation » du travail et de la société : la politique traditionnelle est morte, et les révolutionnaires doivent s'occuper d'urbanisme, d'éducation, des femmes et des jeunes. Il salue cet élargissement mais juge l'analyse économique démentie par les faits.
Il détaille ensuite « l'antitendance ». Philippe Guillaume, le « vieux Guillaume » qui avait fait entrer Castoriadis à l'OCDE et s'était « établi » en usine, montre statistiques à l'appui que 25 à 50 % des salariés vivent sous le niveau de vie moyen. Il ajoute que la lutte salariale renvoie toujours à l'indignité de la condition sociale. Serge Bricianer reprendra ces thèses sur les travailleurs pauvres américains, ce qui lui vaudra une réplique de Cardan dans la revue. Vega fait de la contradiction dirigeants-exécutants une contradiction dérivée de l'appropriation privée d'une production socialisée, et défend la réduction du temps de travail et la poursuite du militantisme (« Pourquoi militer aujourd'hui ? »). Pierre Souyri (Pierre Brune), historien de l'accumulation, refuse toute « contradiction fondamentale » unique. Il rappelle la persistance de la bourgeoisie, du marché et de la finance, et anticipe automation, chômage et financiarisation. Lyotard dénonce un idéalisme volontariste qui brouille les classes et confond aliénation et exploitation, et prédit à Castoriadis une chute dans un « nouvel existentialisme ». En juillet 1963, la scission se fait à l'amiable, à peu près à égalité (21 contre 19). La revue va à Castoriadis, le mensuel Pouvoir ouvrier à Vega, Souyri et Lyotard, qui donne en 1964 à la Mutualité une conférence encore très marxiste. L'orateur explique le choix de Lyotard par l'influence de Souyri autant que par son inimitié avec Castoriadis. Il cite enfin Daniel Blanchard, pour qui la privatisation fut une « désillusion illusoire » qui empêcha de voir venir Mai 68 et ne laissait rien prévoir du tournant néolibéral.
L'orateur fait plusieurs digressions. Il distingue soigneusement Philippe Guillaume de Pierre Guillaume, futur éditeur négationniste de la Vieille Taupe, exclu de Pouvoir ouvrier en 1967. Il dénonce l'ouvrage de Christophe Bourseiller qui prétendait que les héritiers de Socialisme ou Barbarie avaient suivi cette dérive, tout en reconnaissant que le groupe, comme toute l'extrême gauche marxiste, n'avait pas vu le génocide des Juifs. Il juge « admirable » « Marxisme et théorie révolutionnaire » tout en regrettant que Castoriadis rejette Marx en bloc, sans considérer ses écrits historiques ni le fétichisme de la marchandise. Il évoque l'imaginaire radical et son influence sur les historiens, le rapport fait en 1967, un an avant Mai, sur l'impossibilité de toute activité politique, et la poignée de militants de Pouvoir ouvrier en 1968. Dans la discussion, Corinne explique que Lyotard restait attaché à l'idée du « tort absolu » fait au prolétariat, origine de sa pensée du différend. Daniel Blanchard nuance le silence de Castoriadis sur l'Algérie et rappelle que la critique de la vie quotidienne était antérieure à la scission. D'autres participants évoquent l'imaginaire et les différences de génération entre les deux tendances, et l'orateur conclut que la scission fut un « immense gâchis » qui laissa deux groupes trop faibles en 1968.
Excerpts
L'orateur résumant la nouvelle orientation de Castoriadis :
“Je dirais en gros que c'est un programme d'humanisation du travail, ça reste, ça c'est un point important hein quand même hein, et de la société hein, mais en rappelant que la politique traditionnelle pour lui est morte, complètement morte, hein.”
L'orateur rapportant l'objection de Lyotard à la thèse de la privatisation :
“il a jamais vu le prolétariat posant en permanence la question de l'État et du pouvoir politique. Et il dit et depuis quand le prol à quelle époque à quelle période antérieure à quel âge d'or du mouvement ouvrier le prolétariat aurait fait la réusion tous les 6 mois ou tous les 6 ans ? Jamais.”
L'orateur sur la scission :
“Je crois que cette session a été catastrophique parce que c'est un immense gâchi. Un an avant enfin quelques années avant 68, les deux groupes qui restent se réduisent au fil de temps pour des raisons différentes, mais ils se réduisent. Ils n'ont pas la masse critique et ils sont dans l'incapacité de faire quelque chose en M68”