Pinchard, Bruno
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique d'une conférence d'environ quarante-cinq minutes suivie d'une discussion, avec des passages confus.
Core ideas
Bruno Pinchard propose de lire la Vita nova de Dante avec les « yeux de lynx » de Marsile Ficin, pour mesurer à la fois la fécondité de la lecture néoplatonicienne de Dante (portée par Cristoforo Landino) et ses limites. Pour le 700e anniversaire, il regrette d'un côté l'érudition des sources, qui réduit Dante à ses lectures, et de l'autre une lecture ficinienne qui simplifierait sa puissance. Il part d'une notion du prologue du De amore de Ficin, plus hermétique ou plotinienne que platonicienne. Dans le circuit néoplatonicien de procession et de conversion, le retournement de l'âme suppose qu'elle ait rencontré son « chaos ». Sans cette souffrance de la sortie, il n'y aurait pas de véritable distance, donc pas de retour. Il rapproche cette idée du prologue du Zarathoustra (« il faut avoir encore du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante »). Il y voit le moment où Nietzsche, prétendu antiplatonicien, fut le plus platonicien, et un chemin pour relire autrement le rapport de Nietzsche à Dante, qu'il traitait avec insolence.
Dans la Vita nova (vers 1295), Pinchard suit une « spectrographie du chaos amoureux ». Dans un cosmos astronomiquement réglé, l'apparition de Béatrice, vêtue de rouge « sanguin », provoque chez l'enfant de neuf ans une obombration en trois phrases latines. L'esprit de vie tremble devant un « dieu plus fort » qui le dominera, l'esprit animal voit apparaître sa béatitude, l'esprit naturel sanglote. Puis vient la vision du Seigneur d'Amour qui fait manger à Béatrice le cœur de Dante, la figure courtoise du cœur mangé. Au chapitre 12, Amour se dit centre d'un cercle dont toutes les parties sont à égale distance, « mais toi, non » (tu autem non). Pinchard y voit le nom propre de Dante et le principe de toute son œuvre, une circonférence qui ne se ferme jamais, comme la terza rima qui s'ouvre toujours par son vers médian. Il montre ensuite deux limites que Dante impose au chaos, absentes chez Ficin et Nietzsche. La première est le secret : à l'église, Dante fait d'une « dame-écran » placée sur la ligne de son regard un masque pour Béatrice, au risque de perdre son salut. La seconde est le silence sur la mort de Béatrice, dont il refuse de parler car il devrait alors faire son propre éloge.
Pinchard conclut que Dante est un « homme de la digue », de l'Enfer aux digues du Pô : il faut contenir le chaos pour engendrer l'étoile, l'éduquer plutôt que le provoquer. C'est sa part classique, quand les modernes de Ficin à Artaud chercheront à libérer le chaos. Dans la discussion, l'animateur salue une réflexion sur l'essence de la parole poétique et de la subjectivité. Il rappelle les recherches d'André Chastel sur Ficin et la peinture florentine, et Pinchard oppose à Dante Botticelli, peintre de lignes mais qui s'abandonne au chaos de Savonarole. Il voit en Dante un antimoderne capable de toujours poser la thèse inverse. Avec l'animateur, il défend un Nietzsche héritier du geste platonicien, et rêve d'un « cinquième livre » de Zarathoustra qui serait une confrontation avec Dante. À Françoise, il répond que chez Ficin le chaos se dissout dans l'aliénation réciproque de l'amant et de l'aimé, alors que chez Dante, même dans l'exil, le moi se renforce. Il oppose ainsi un Dionysos de l'ivresse, celui de Nietzsche et Ficin, à un Dionysos titanesque chez Dante. À Léo, il concilie le labyrinthe et la borne par l'image du calcul infinitésimal.
Excerpts
Bruno Pinchard sur le chaos comme condition du retour chez Ficin :
“et cette souffrance de la sortie c'est le moment chaotique de l'amour et c'est ce moment qui est la condition pour que la remontée au principe soit effective et se se se caractérise bien non pas simplement comme identité avec le point de départ mais véritablement dans la distance d'un retour”
Bruno Pinchard sur le tu autem non :
“on peut dire que toute l'œuvre de d cette fois-ci elle s'éclaire sous un jour géométrique c'est l'histoire de quelqu'un qui est toujours déjà dans le cercle mais manque de chance lui il est nons et donc on pourrait dire que on a trouvé le nom propre de d lui-même”
Bruno Pinchard en conclusion :
“il y a donc au fond un euh éduquer le chaos plutôt qu'à le provoquer voilà euh l'expérience que j'ai voulu faire ce soir”