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Podcasts/Andrea Cirla/Blanc, Odile & Chiffoleau, Jacques & Pastoureau, Michel

Blanc, Odile & Chiffoleau, Jacques & Pastoureau, Michel

Blanc, Odile: chargée de mission au musée des Tissus de Lyon, autrice de Parades et parures, Gallimard, collection « Le Temps des images »

Chiffoleau, Jacques: historien, professeur à l'université d'Avignon

Pastoureau, Michel: historien des couleurs et de l'héraldique, directeur d'études à l'École pratique des hautes études

Le débat est animé par Jacques Le Goff ; des extraits de textes médiévaux (Livre du chevalier de La Tour Landry, Grandes Chroniques de France, Jacques du Clercq, Ménagier de Paris) sont lus à l'antenne.

L'invention du corps de mode à la fin du Moyen-Âge 一 J. Le Goff, M. Pastoureau et al.

Andrea Cirla · Jun 8, 2025 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique d'une émission radiophonique d'environ une heure.

Core ideas

Odile Blanc explique qu'elle a voulu se démarquer de l'histoire du costume, qui suit les transformations des formes, pour étudier des « personnages en action » dans les miniatures de la fin du Moyen Âge, autour du temps de Charles VI et de la « Babel des costumes » de Michelet. Elle s'inspire du Système de la mode de Roland Barthes. Les vêtements représentés sont à la fois réels et imaginaires, puisqu'ils sont peints pour l'aristocratie et ses princes, et Le Goff les dit « plus réels que la réalité ». Pastoureau souligne que l'imaginaire fait partie de la réalité : les pièces de vêtement sont réelles, leur assemblage relève du « bricolage ». Chiffoleau compare ces miniatures aux photos de mode d'aujourd'hui. Les textes, eux, sont presque tous moralisateurs, comme le sermon d'un évêque contre les dames « cornues » et les hommes « court-vêtus », rapporté par le chevalier de La Tour Landry.

L'« explosion vestimentaire » de la seconde moitié du XIVe siècle touche surtout le vêtement masculin. On passe d'une robe longue et ample à un vêtement court et ajusté, le pourpoint, qui exige un nouveau travail du tailleur. Porté par les chevaliers et les jeunes, mais rarement par le roi, il était à l'origine le vêtement porté sous la cuirasse, en pleine guerre de Cent Ans. Le Goff rappelle le contraste avec un temps de désastres : la peste, les défaites et un roi fou. Pastoureau ajoute la mutation des teintures, avec des rouges et des bleus plus francs et la vogue du rose vers 1400 grâce au bois de Brésil. La couleur, comme le vêtement, ne signifie rien en soi, mais par son emploi dans un système. Blanc refuse l'idée d'une « découverte du corps » préparant la Renaissance. Le vêtement ne montre pas l'anatomie, il la retravaille : buste bombé, jambes effilées, poulaines, coiffures en crête. Ce qui scandalise, ce sont ces protubérances, plus que la nudité. Les Grandes Chroniques de France font même de ces robes trop courtes une cause de la défaite de Crécy. Le livre insiste sur le mouvement, la matière (draps flamands tondus, tissus italiens gaufrés), la nudité partielle exprimée par le blanc devenu couleur de la chair, et le volume, qui distingue les figures d'autorité des personnages à la mode. Bords découpés, fentes, fourrures et chapeaux font sortir le corps de lui-même, en écho à l'exubérance des cimiers héraldiques. Le vêtement des « gens mécaniques » reprend le même système en version dévalorisée.

Les femmes restent en retrait : leur vêtement change peu, sinon par le décolleté et les coiffures à cornes. La mode apparaît comme une affaire et une affirmation de pouvoir masculines, avec ses dangers : le retour à la sauvagerie (le Bal des ardents) ou la féminisation, figurée par Sardanapale filant la quenouille, image possible d'une critique des rois peu guerriers. Les débatteurs concluent que ce « corps de mode » annonce la société de cour et le courtisan guerrier de Castiglione. Chiffoleau y voit aussi un espace de liberté individuelle face aux modèles, Pastoureau un âge du paraître et de l'effervescence des codes. Le Goff termine sur deux textes de 1371 où les hommes exigent des femmes modestie et fidélité aux usages de leur rang.

Excerpts

Odile Blanc sur le propos de son livre :

“Et l'invention, ce n'est pas seulement des changements de forme, c'est aussi une nouvelle attention au corps. Donc corps de mode, bien que la mode soit un terme beaucoup plus moderne, pas propre au Moyen-Âge dans le sens où on l'entend encore aujourd'hui, mais qui signifie tout de même manière, usage, mœurs”

Odile Blanc sur un vêtement qui retravaille le corps :

“C'est pas du tout un vêtement qui montre le corps tel qu'il est. On n'est pas du tout dans le cadre d'une révélation du corps. Euh mais c'est au contraire un vêtement qui va en souligner les articulations. De fait de son raccourcissement, il mettra en valeur les jambes.”

Michel Pastoureau sur l'âge du paraître :

“Le paraître occupe le devant de la scène. C'est vrai du vêtement, c'est vrai de l'image, c'est vrai des terrains qui me sont familiers. l'éraldique et l'emblématique, les insignes, les marques de toute nature. Il faut euh savoir à qui l'on a affaire, reconnaître les individus et en même temps, comme vient de le dire Jacques Chiffolo, sortir de ses codes pour acquérir une certaine liberté.”