Bouchaud, Grégory
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ quarante minutes avec la discussion ; sous-titres YouTube automatiques en français avec ponctuation, assez fidèles mais avec beaucoup d'erreurs sur les noms grecs et latins, dont Archiloque, Pindare et Horace, et sur les citations en langue ancienne)
Core ideas
Le paradoxe de la colère littéraire. Bouchaud note d'abord que la colère, aliénation et perte de maîtrise de soi (« par essence, la colère relève de la pulsion et de la passion »), semble incompatible avec une expression littéraire élaborée : le colérique refuse l'échange et rompt le principe de coopération de Grice. D'où l'idée que la reconstruction littéraire, par la temporisation, transforme l'énergie en sens, et que la rhétorique l'a formalisée sous le nom de blâme, opposé à l'éloge, avec toute une gamme de tons (de l'offense à l'exhortation) et de genres (réquisitoire, diatribe, parénèse). Question : le genre « lyrique » se définit-il par l'acceptation ou le refus de la colère ?
Archiloque, Pindare. Archiloque est le poète de la colère la plus brute, tournée contre Lycambès, qui lui a refusé sa fille Néoboulè, et contre la vie politique de Paros et Thasos ; ses fragments (13 sur l'abandon du bouclier, 118, 120 « je rends de cruelles blessures », 121 « le désir de me battre avec toi ») sont des représailles et non une agression gratuite : « peut-être n'y a-t-il pas de colère juste, mais seulement de colère justifiée ». Critias a transmis et amplifié sa mauvaise réputation. Pindare, à l'opposé, vise l'éloge : ses mythes de châtiment (Ixion) sont des avertissements voilés. Dans la Pythique II, pour Hiéron de Syracuse (vers 475), il cite Archiloque nommément comme un contre-modèle : « je dois fuir la dent affamée des médisances », le blâmeur qui se nourrit de haine « dans l'impuissance », puis proclame d'être ami de l'ami et ennemi de l'ennemi « à la manière du loup ». Bouchaud y voit à la fois une parodie du style iambique et une critique de l'impuissance d'Archiloque, qui n'a pas pu changer les puissants, alors que Pindare réintègre dans la lyrique chorale l'héritage de Solon (fr. 13, fr. 36, Hésiode).
Horace. Dans les Épodes de jeunesse, Horace imite la colère d'Archiloque (épodes 8, 10, 12 contre des vieilles débauchées, Ode 4.13) et revendique ce modèle (Épîtres I, Art poétique 79), tandis que les Odes se disent plus pindariques ; mais l'indignation n'en est pas absente, notamment la colère politique contre les guerres civiles et la décadence morale (Odes I.35, II.1, III.5) exprimée par des questions rhétoriques et des hyperboles. Pour Bouchaud, le trio se distingue par la place faite à la colère et par le degré de franchise : Archiloque crache son venin, Pindare use de tact, Horace garde la crudité du premier et le souci pédagogique du second ; le genre lyrique est hétérogène, intégrant blâme et éloge. Dans la discussion, la présidente souligne la dimension corporelle de la soif de combattre et la croyance magico-religieuse dans la poésie qui blesse ou tue (suicide de Lycambès et de ses filles, selon la légende ; Ovide, Ibis), et une question sur l'évolution de la poésie-arme vers Catulle et Juvénal reste ouverte.
Excerpts
“« Par essence, la colère relève de la pulsion et de la passion, mais ne peut produire spontanément de représentations élaborées. »”
“« Peut-être n'y a-t-il pas de colère juste, mais seulement de colère justifiée ? »”
“« Si Archylogue crache son venin, si Pindar fait toujours preuve de beaucoup de tactes »”