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Ladurie, Emmanuel Le Roy

Le Roy Ladurie — “Le Carnaval de Romans” (1979)

Andrea Cirla · Dec 1, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full (environ vingt-sept minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, avec des erreurs de reconnaissance sur quelques noms)

Core ideas

Un historien qui se dit peu intelligent. Après une présentation de sa carrière (né en 1929 dans le Calvados, au Collège de France depuis 1973, auteur des Paysans de Languedoc, de Montaillou et d'une histoire du climat), un questionnaire amuse le plateau : il se déguiserait en ecclésiastique, regrette de ne pas avoir découvert Jeanne d'Arc, ne croit plus guère au progrès (« le XXIe siècle apparaît un peu bouché »), et qualifie l'Occident de « musée des traditions libérales » dans un monde dérivant vers l'autoritarisme. Il maintient que les historiens ne sont pas très intelligents : leurs idées les plus intelligentes viennent des sociologues et des ethnologues. Le label des « nouveaux historiens » est, dit-il, une « imposture » puisque cette école date de 1930 (Bloch, Febvre, Braudel, Labrousse), mais commode depuis que l'histoire savante s'ouvre au grand public.

Le carnaval de Romans en 1580. Il raconte le sujet de son livre : à Romans, près de Valence, pendant les guerres de religion, un carnaval se déroule en pleine révolte, où artisans et notables jouent leur propre rôle avant de s'entretuer. Le chef des notables est le juge Antoine Guérin, personnage corrompu, et le chef des populaires, Paumier, plus effacé et « un peu mou ». Les artisans pratiquent des danses archaïques (danse des épées, danses liées aux semences d'hiver), les notables se déguisent en archevêque, en roi ou en bourgeois, et même en Suisses, figures de la peur révolutionnaire (Guillaume Tell) ou de l'ordre (les mercenaires). Il y voit une « répétition de 1789 » de type médiéval : c'est l'État qui crée la lutte de classes en soulignant l'exemption fiscale de la noblesse.

Fête, violence et érudition. Pour lui, la fête fabrique un peuple, par les confréries et les quartiers : on y a gagné en liberté, mais perdu le sens de la communauté. La violence d'autrefois opposait des gens qui se connaissaient, celle d'aujourd'hui des anonymes, plus « bête ». À la question sur la part de création, il répond que l'érudition est partout et la création nulle : il reste au service du texte, tout en souhaitant qu'un créateur s'empare du sujet (un film et une pièce étaient en cours). Il explique la passion pour l'histoire par la désaffection de l'avenir, plus incertain.

Excerpts

“« nos nos idées les plus intelligentes, si nous en avons ce que j'espère quand même, nous les prenons chez les sociologues »”

“« la fête fabrique un peuple »”

“« la violence d'autrefois était entre gens qui se connaissaient et la violence d'aujourd'hui entre gens qui ne se connaissent pas »”