Cassin, Barbara
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Core ideas
Ce que l'exil apporte : plus d'une langue. Cassin part d'une phrase du Journal de pensée d'Arendt (novembre 1950) : s'il n'y avait qu'une seule langue, nous serions peut-être plus assurés de l'essence des choses ; ce qui rend le monde incertain n'est ni les sens ni la crainte que tout soit un rêve (« adieu les stoïciens, Descartes »), mais l'équivocité du sens donnée avec la pluralité des langues, d'où l'absurdité d'une langue universelle. Elle demande non pas ce qu'on perd, mais ce qu'on gagne avec l'exil, et propose cinq thèses : l'exil transforme le rapport à la langue, dénaturalise la langue maternelle, déconstruit l'universel et interdit une ontologie sommaire, interdit de confondre langue et peuple, et rend la condition d'exilé « d'avant-garde » (Arendt, « nous autres réfugiés »). Elle place le tout sous l'égide de Derrida (Le monolinguisme de l'autre) : « plus d'une langue », définition de la déconstruction.
Dénaturaliser la langue maternelle. À travers Virgile (l'exil ex solum, hors sol, qui s'arrête quand Jupiter promet que tous parleront une seule langue, le latin), elle montre que l'exil suppose plus d'une langue ; passer de logos à lingua est passer à la pluralité. Arendt est exilée non de l'Allemagne, mais de l'allemand ; elle dissocie langue et peuple, au contraire de Heidegger (1930), qui lie la langue grecque, puis allemande, à un peuple et à une race (ce que Cassin appelle, après Jean-Pierre Lefèvre, le « nationalisme ontologique »). L'allemand n'est pas devenu « fou » : toute langue est hors sol et exilée ; la langue maternelle est une energeia (Humboldt), une énergie en acte où l'on invente.
Le cliché, la banalité du mal, la responsabilité. Garder sa langue maternelle, c'est refuser une langue de pure communication (le « globish »), une langue de clichés et d'éléments de langage. Arendt dit d'Eichmann qu'il était incapable de prononcer une phrase qui ne fût un cliché : la banalité du mal est liée à cette perte de langue. On ne parle plus sa langue maternelle quand on la parle par cliché ; parler est une action, d'où la responsabilité (« ce pourquoi la langue dispose d'un mot existe pour la pensée »). Cassin conclut sur l'exil comme avant-garde politique : l'histoire juive, en étant exilée, se lie à celle de toutes les autres nations.
Excerpts
“« on ne parle jamais qu'une seule langue on ne parle jamais une seule langue »”
“« l'exil dénaturalise la langue maternelle »”
“« on ne parle plus sa langue maternelle quand on la parle par cliché »”