MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Levinas, Emmanuel

Levinas, Emmanuel

philosophe

Emmanuel Levinas - Entretien (Les Chemins de la connaissance)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ vingt minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et certains termes ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Nemo rappelle que les premiers livres de Levinas étaient consacrés à Husserl et à Heidegger, et que « De l'existence à l'existant » est son premier livre « autonome », écrit en grande partie en captivité dans un stalag. Levinas y décrit l'« il y a », un être impersonnel et anonyme, qui n'a rien à voir avec la joie de l'abondance d'être que le « es gibt » de Heidegger (il y rejette expressément tout rapprochement) : un « bruissement du silence », comme le murmure d'un coquillage vide, issu de ses souvenirs d'enfant dans une chambre silencieuse. L'« il y a » est horrible, « affolant » : il ne se laisse pas réduire au néant, car la mort est pour lui « une impossibilité du néant » ; il l'illustre par l'expérience de l'insomnie de l'adulte, où la veille se passe impersonnellement. Il rapproche cette notion du « neutre », du « dehors » et du « désastre » chez Maurice Blanchot.

Dans « De l'existence à l'existant », il analyse aussi la fatigue, la paresse et l'effort comme des reculs devant l'être, et introduit l'hypostase (le passage du verbe à l'étant, à quelque chose qui se pose, comme maîtrise de l'« il y a »), le sujet étant d'abord « encombré » par l'existence qu'il doit dominer. Mais ce n'est pour lui qu'une étape : la véritable délivrance de l'« il y a » est la relation sociale avec autrui, ou plutôt « le souci d'autrui », la responsabilité pour autrui, relation éthique et non relation de savoir ; il parle d'une « phénoménologie du social et de l'éthique ». Tout ce qu'il a fait ensuite (« Totalité et Infini ») prolonge cette tentative de sortir de l'« il y a ».

À propos de « Totalité et Infini », il explique que la « totalité » désigne la tentative, de la philosophie occidentale jusqu'à Hegel, de synthétiser toute l'expérience dans un savoir où la conscience embrasse tout, ce qui produit une « vision panoramique ». Il dit avoir trouvé une critique radicale de cette totalisation chez Franz Rosenzweig, à partir de l'expérience de la mort ; contre elle, il oppose le face-à-face avec autrui, dont la signification morale est « préliminaire » : « la philosophie première est une éthique ». Ce qui n'est pas synthétisable, c'est la relation entre hommes et l'idée de Dieu (à partir de Descartes) comme transcendance. Il parle du « secret » de la subjectivité : la vie de chaque individu ne s'intègre jamais à une totalité objective (ce que dirait de lui son historien ne peut être qu'une perspective fausse), d'où le pluralisme d'une société respectueuse de la liberté et la critique des totalitarismes, y compris d'un libéralisme qui ne défendrait la liberté que par efficacité scientifique. Il précise qu'il ne sous-estime pas la raison et l'universalité : il faut, à cause du « tiers » (le prochain, l'autre homme), comparer l'incomparable, créer des institutions, mais toujours contrôler la politique par l'éthique, la politique n'étant pas une simple régulation interne comme chez les abeilles ou les fourmis.

Excerpts

“« Il y a comme il pleut, comme il fait nuit, un bruit revenant après toute négation de ce bruit. [...] On ne peut pas dire que c'est le néant, et l'existant essaie de décrire cette horrible chose, comme quelque chose d'affolant. »”

“« C'est le souci d'autrui, c'est la responsabilité pour autrui, et c'est par conséquent la relation sociale, qui est une relation éthique, qui m'a paru comme la délivrance de l'il y a. »”

“« Il faut toujours contrôler la politique par l'éthique. [...] Il y a dans le premier cas une conception de la politique qui n'en fait qu'une régulation interne à la société, comme une société d'abeilles ou de fourmis. »”