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Gondry, Michel

cinéaste et réalisateur de clips

Michel Gondry - Entretien (Hors-champs)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, quelques noms et titres altérés ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Gondry explique d'abord son intérêt pour le cerveau (« c'est là que tout se passe, le penser, le sentiment ») sans formation scientifique : il a fait des études artistiques (bac technique avec option tapisserie, puis école d'arts appliqués qu'il a vite délaissée) tout en jouant de la batterie dans un groupe, entre musique et dessin depuis l'enfance (le magasin de musique de son beau-père). C'est à partir de la musique du groupe qu'il a commencé à faire de petits films d'animation et des clips, sans formation au cinéma : un colocataire monteur, Jean-Louis (nom transcrit « Bompoint »), spécialiste du cinéma français d'avant la Nouvelle Vague, lui a donné le goût du cinéma (il cite « L'Atalante » de Jean Vigo). Il admet que son œuvre est nourrie de son autobiographie (« c'est le matériau que j'ai à ma disposition ») et de la distance de héros timides et renfermés face aux femmes, qu'il rattache à sa propre expérience d'adolescent plus à l'aise comme ami qu'en séducteur ; il dit ne pas croire à la psychanalyse comme moyen de guérison et ne faire de ressasser ses souvenirs qu'un moyen de faire des films.

Il raconte sa rencontre avec Björk, qui a regardé des dizaines de cassettes de clips en promotion de « Human Behaviour » et est tombée sur le sien ; ils ont fait sept clips ensemble (extrait de « Bachelorette »). Il distingue les clips, où il se plonge dans l'univers de la chanson pour le développer, de la publicité, où le temps court oblige à des raccourcis et des stéréotypes « dangereux » dont il faut se garder. Il revendique l'étiquette de bricoleur avec une réserve (« péjorative » parfois) : le manque de moyens l'a poussé à inventer des méthodes propres, avec une « naïveté » qui fait que les images n'ont pas besoin d'être réalistes pour exprimer ce qu'il ressent. Pour « Eternal Sunshine of the Spotless Mind », il détaille le plan du lit où les personnages disparaissent et réapparaissent (jeux de cache-cache, trappes, double de Kate Winslet, effets « de théâtre » faits sur le tournage plutôt qu'en post-production), dit que l'idée de départ vient d'une suggestion de son ami l'artiste Pierre Bismuth (envoyer des cartes annonçant à quelqu'un qu'on a été effacé de la mémoire d'une personne), puis du scénario de Charlie Kaufman, qui leur a valu un Oscar à trois ; il a placé le générique à dix minutes du début pour créer une rupture. Il cite Méliès comme inventeur de la fiction au cinéma, « un magicien ».

Un extrait de Roberto Rossellini sur l'industrie du cinéma, la nécessité d'une « section de recherche » expérimentale et le danger du culte du progrès provoque chez Gondry une réflexion sur les contradictions des grands cinéastes (Hitchcock, Bresson, Rossellini) dont il se nourrit faute d'école. Il explique ensuite l'origine de la scène de « La Science des rêves » (les mains énormes) dans ses cauchemars d'enfant et dans la cartographie corporelle du cerveau (l'homoncule sensoriel : une sculpture lui a rappelé la sensation de mains « démesurées »), et dit qu'il fait des storyboards seulement pour les séquences techniques, car trop de storyboards bloquent les acteurs.

Sur le film consacré à Chomsky, il dit l'avoir commencé seul, sans dossier ni producteur, parce que certaines idées « fragiles » meurent quand il faut d'abord convaincre : il a filmé ses conversations en 16 mm (caméra mécanique bruyante, d'où les caméras dessinées dans l'animation) et illustré non les mots de Chomsky mais sa propre perception de ce que celui-ci disait, avec un souvenir d'enfance traité en dessin animé. Il a voulu éviter le débat sur Israël, « hors de contrôle » en France, pour faire ressortir l'aspect scientifique et humain d'un homme qui, selon lui, n'a jamais failli à ses éthiques et invite à regarder d'abord ce qu'on fait chez soi, là où l'on peut agir. Il évoque enfin un projet en préparation, une histoire d'adolescents entre Versailles, où il a grandi, et une autre direction, qui se fabriquent leurs propres véhicules.

Excerpts

“« Avoir un peu cette image du bricoleur, c'est quelque chose d'un peu péjoratif, [...] mais le manque de moyens m'a permis de trouver des méthodes qui m'étaient propres pour fabriquer mes images. Et finalement j'ai une sorte de naïveté qui fait que les choses n'ont pas besoin d'être trop réalistes pour pouvoir représenter ce que je ressens. »”

“« Pour ce type de transition qui sont un petit peu mentales ou sentimentales, je trouve que les effets plutôt de type théâtre, qu'on fabrique sur le tournage, sont plus organiques que ce qu'on fait en post-production. »”

“« J'avais envie de commencer tout de suite sans avoir à faire des dossiers, à essayer de convaincre tel producteur ou tel distributeur que ça valait le coup d'essayer. Il y a des idées qui sont assez fragiles, et si on peut démarrer ces idées avant de devoir convaincre des parties extérieures, c'est la seule manière pour qu'elles existent. »”