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Bourcier, Sam

sociologue, maître de conférences à l'université Lille III, auteur de « Queer Zones » 1, 2 et 3 et, avec Alice Molinier, de « Comprendre le féminisme » ; nommé dans l'émission « Marie-Hélène Bourcier »

Sam Bourcier - Entretien (La Théorie Queer)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres, les titres et des phrases entières ; les passages incertains sont omis, et les propos sont rapportés de façon approximative)

Core ideas

La série s'ouvre sur un bref historique de la notion de genre : passage de la grammaire aux sciences sociales avec Margaret Mead puis John Money (« rôles de genre »), puis glissement vers l'« identité de genre », que l'introduction juge porteur d'une substance fixe, jusqu'à l'inscrire sur la carte d'identité. Bourcier explique que « queer » était à l'origine une insulte (insulte homophobe, repérage par l'inversion de genre, héritée du discours des sexologues du XIXe siècle comme Krafft-Ebing et Havelock Ellis qui classaient les « identités sexuelles ») et qu'aux États-Unis les sous-cultures queer en ont fait une réappropriation ; la critique de Butler dans « Trouble dans le genre » porte sur la fiction d'une relation de cause à effet entre sexe biologique et genre, instituée selon lui avec la « fiction de la différence sexuelle » au XVIIIe siècle avec le capitalisme. Il insiste sur le fait que le queer est avant tout une pratique (culture de bar, sous-cultures trans, butch et lesbiennes) avant d'être une théorie : une « prolifération » de genres, avec des expressions de genre multiples (hommes hétérosexuels ou femmes hétérosexuelles mal à l'aise dans leur genre, hommes trans lesbiens, butchs, etc.) qui ne se réduisent pas à des identités fixes, et il dit préférer parler de « pratiques » plutôt que d'essence. Il critique John Money, dont les protocoles d'assignation chirurgicale et hormonale des enfants intersexués seraient un « scalpel de la différence sexuelle » imposant le binarisme.

Bourcier développe une critique de Judith Butler : la première Butler (la prolifération des genres, la performativité comme répétition de rituels quotidiens) est la plus intéressante, mais elle serait « hyper constructiviste », aurait « loupé le corps » (elle prend l'exemple de la drag queen plutôt que du drag king, passant à côté de la construction de la masculinité) ; la seconde Butler (« Défaire le genre ») parle de normes qui pèsent plutôt que de prolifération, et son texte sur la mélancolie et les personnes trans (lu dans l'émission) lui semble lire le désir trans comme une demande « impossible », dans un cadre psychanalytique freudien et lacanien qu'il juge pathologisant et qui oublie les mouvements politiques trans depuis les années 1990. Il oppose les « transsexuels » (identité produite par les sexologues et les cliniques de réassignation, dans un régime binaire) aux « transgenres », qui développent des genres sans passer d'un « côté » à l'autre, rappelle l'exemple de l'autodétermination du genre dans la loi argentine et défend l'idée de garder le mot « genre » (puisqu'il n'y a pas une seule masculinité ni féminité qui s'entrecroisent) tout en refusant l'« abolition du genre » proposée par Monique Wittig ; il évoque la « pression définitionnelle » (être lu comme homme ou femme à chaque instant, ne serait-ce qu'aux toilettes).

La dernière partie porte sur le positionnement politique : Bourcier refuse la logique de la « résistance » ou de l'assimilation (le mariage entre personnes de même sexe réaffirmerait la différence sexuelle et ferait perdre les cultures de genres développées par les minorités stigmatisées ; la parité au Parlement vérifierait aussi la différence sexuelle), reproche au féminisme « réformiste » d'être complice du néolibéralisme, et dit que l'agenda queer concerne aussi la migration, la pauvreté, la racialisation et la lutte contre le néolibéralisme. Sur le droit, il dit ne pas rejeter les droits mais en voir les limites (la lutte contre les discriminations par le droit, l'« égalité des droits » comme slogan qui « ne veut rien dire »), plaidant pour une politique des différences pour arriver à l'égalité, et évoque l'échec d'un master « Genre et interculturalité » à Lille. Il conclut sur la frontière privé/public (« le privé est politique ») et sur le queer comme mouvement politique de sous-cultures en recomposition constante.

Excerpts

“« À la base c'est une injure, qui va à la fois sur le genre, et c'est comme ça qu'on va lire quelqu'un. Aux États-Unis, ça fait l'objet d'une réappropriation, justement par les sous-cultures queer. [...] C'est aussi le retournement du stigmate, mais c'est aussi la critique de l'organisation d'un système sexe-genre qui est culturel et non pas naturel. »”

“« Le problème de Butler, c'est qu'elle est hyper constructiviste, qu'elle a loupé le corps. Elle a bien montré comment le micropouvoir s'exerce sur le vivant, mais quand elle écrit "Bodies that matter", elle n'arrive pas à prendre le corps en compte. Elle a pris l'exemple de la drag queen, pas celui du drag king : il y aurait eu la construction de la masculinité, qui n'est pas moins construite. »”

“« La politique des droits n'est pas le meilleur instrument, et n'est pas le seul. Si ça marchait, ça se saurait. [...] Il faudra bien admettre en France qu'il faut une politique des différences pour arriver à l'égalité. »”