Onfray, Michel
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Core ideas
À une question qui lui demande s'il imagine un « plan Marshall onfrayiste » fédérant le monde, Onfray répond qu'on ne le lui proposera pas, car le libéralisme (le marché fait la loi) est devenu depuis 1989-1991 un « horizon indépassable » sans alternative crédible : santé, éducation, culture, journalisme seraient soumis à l'argent. Il soutient que, lors du référendum sur Maastricht en 1992, on a fait croire qu'il fallait choisir entre l'Europe moderne, jeune, diplômée, urbaine et la nation, assimilée au nationalisme, à la guerre et à Vichy, et que ce discours se répète (Brexit, traité européen rejeté en 2005 puis imposé en 2008, entre-deux-tours de 2017 avec la référence à Oradour-sur-Glane et à la Shoah). Il distingue l'Europe, dont personne ne serait contre, et l'« Europe libérale », rappelle qu'on avait promis plein emploi et paix et dit que, vingt-cinq ans après, le chômage a augmenté, que l'argument actuel est qu'« il n'y a pas eu assez d'Europe », et que la France ne peut plus mener sa politique faute de souveraineté. Il dit ne soutenir ni Marine Le Pen ni un modèle marxiste (« monstrueux »), refuse que le marché fasse la loi à l'hôpital, à l'école ou dans l'édition, critique l'écologie « saupoudrée » d'un gouvernement libéral, l'« ubérisation » et la précarité des jeunes.
Pour « changer de logiciel », il propose de rompre avec le jacobinisme (centralisation parisienne, dont Tocqueville fait remonter l'origine à Philippe le Bel) au profit d'une tradition girondine : Paris ne doit peser qu'un département parmi quatre-vingt-trois, les communes, départements et régions devraient retrouver un vrai pouvoir sur le droit, la loi, la monnaie, la police et l'embauche, dans la ligne d'un socialisme libertaire proudhonien (associations, coopératives, mutuelles, écoles communales, boycott des produits). Il juge que le « pacte girondin » invoqué par Emmanuel Macron est en réalité « la quintessence du pacte jacobin » parce que la négociation entreprise par entreprise affaiblirait les syndicats, tout en admettant que la « flexi-sécurité » nécessite à la fois flexibilité et sécurité. Son modèle est Cincinnatus, qui prend le pouvoir pour une tâche limitée puis retourne à sa charrue : « si vous me donniez le pouvoir, mon premier travail ce serait de vous le rendre ».
À la seconde question, sur Montaigne, Onfray le tient pour le plus grand philosophe français, injustement négligé parce que sa langue du XVIe siècle est difficile (il évoque des éditions en français moderne préparées avec des amis, dont un ancien inspecteur général de lettres classiques), que philosophes et littéraires se le renvoient, que les Essais sont épais, que son style est « baroque » (« la perle qui n'est pas bien ronde ») et que sa pensée n'invente aucun concept. Il oppose à la philosophie « professorale » (Kant, Hegel, Deleuze, Derrida, Lacan, que l'on ne comprendrait pas car « il n'y a rien à comprendre ») une philosophie existentielle (celle des Anciens, que Montaigne remet en selle en se détournant des Pères de l'Église) qui répond à des questions de vie : amitié, amour, mort, vieillesse, trahison, argent, politique, religion. Il raconte avoir vu l'exemplaire de Bordeaux des Essais annoté de la main de Montaigne, notamment à propos de l'amitié (« parce que c'était lui, parce que c'était moi »), où l'on voit « la pensée en train de se faire », et conclut que sans Montaigne il n'y aurait pas eu de pensée française, ni les pensées européennes qui en dérivent.
Excerpts
“« Je définis le libéralisme comme cette vision du monde qui nous dit que le marché doit faire la loi. Je ne pense pas que le marché doive faire la loi. Dans un hôpital, ce n'est pas le marché qui fait la loi, c'est la santé publique. Dans une école, ce n'est pas le marché qui fait la loi, c'est l'instruction publique. Dans la culture, ça devrait être la qualité. »”
“« Mon vrai modèle, c'est Cincinnatus, un paysan romain à qui on vient dire : il faudrait que tu sois dictateur, avec les pleins pouvoirs pendant six mois pour faire une tâche particulière. [...] Si vous me donniez le pouvoir, mon premier travail ce serait de vous le rendre. »”
“« Chez Montaigne, vous avez toujours une page pour vous. Il y a un moment dans votre vie où vous vous faites trahir par un copain, vous avez un problème avec les filles : il y a toujours une page où Montaigne va vous dire des choses là-dessus. [...] Il n'y a aucun concept chez Montaigne. Zéro concept. »”