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Ionatos, Angélique

chanteuse, compositrice et guitariste grecque, née à Athènes en 1954 et vivant en France

Angélique Ionatos - Entretien (A voix nue)

Artesquieu · Jun 23, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique très volumineuse et par endroits déformée, avec de longues séquences musicales ; noms propres parfois approximatifs, par exemple Elytis, « Élitiste » ou « Élitis », Ritsos, Seféris, Pablo Neruda)

Core ideas

Enfance et exil. Ionatos évoque son père marin au long cours (qu'elle a adoré, passionné de mathématiques, taciturne et très généreux), sa mère orpheline, fine lectrice qui savait des centaines de poèmes par cœur et lui a transmis la poésie et le chant (elle perd aujourd'hui un peu la tête mais récite encore des poèmes), sa grand-mère « sorcière » analphabète, et un grand-père flambeur de Céphalonie. Le 21 avril 1967, la famille apprend le coup d'État des colonels par des marches militaires à la radio ; sa mère brûle des livres d'auteurs communistes ; en 1969, son père décide de quitter la Grèce pour la Belgique (Liège), où elle apprend le français et où elle fait avec son frère Fotis un premier disque, Résurrection, en 1972 (prix Charles Cros). Un concert de Mikis Théodorakis à Liège, après sa libération, lui a donné l'envie de devenir musicienne. Elle se sépare de son frère quand elle choisit de chanter uniquement en grec, et dit avoir compris, privée de son pays, que sa « vraie patrie, la seule qu'on ne pouvait [lui] prendre » était sa langue.

Chanson, poésie, langue. Elle chante depuis toujours, a une voix de contralto dont elle dit ne pas avoir conscience, compose toujours sur un texte (poèmes sans rime, jamais coupés), ne sait ni lire ni écrire la musique, change les cordes de sa guitare (« accord ouvert ») et enregistre pour ne pas oublier ; son travail est très élaboré, avec peu d'improvisation, entre musique démotique, classique, flamenco et chanson française (Léo Ferré). Pour elle, un artiste doit « témoigner de son temps » et être « subversif » : le disque Reste la lumière est un album de résistance sur la misère de la Grèce actuelle. Elle se dit « amoureuse » de la langue grecque, dont les mots composés et l'étymologie la ravissent, et regrette que le grec ancien ne soit plus obligatoire à l'école. Ses poètes de prédilection sont Odysseas Elytis (le « poète de la lumière », dont elle a mis en musique la cantate Marie des brumes, après l'avoir rencontré à 28 ans, et traduit une anthologie, Le Soleil, en 2015), Yannis Ritsos, Kostis Palamas (la mère d'Angélique l'adorait), Cavafy, Pablo Neruda, Sappho (dont elle a fait un disque avec une chanteuse grecque, vendu à 70 000 exemplaires) ; en France, René Char. Claude Sévenier (père de son fils), directeur du théâtre de Sartrouville, l'a accueillie comme artiste associée (1989-2000) ; un baryton grec (nom approximatif dans le transcript) lui a appris que « la scène est une église ». Elle n'aime pas enregistrer (« une photographie qui vieillit »).

Patrie, colère, mélancolie. Sa patrie est la Grèce, où elle « rentre » toujours ; elle a sa maison à Mytilène (Lesbos), île de poésie, où elle rêve d'ouvrir une école de poésie et de musique pour enfants. Elle est en colère contre l'Europe, qui à ses yeux a « laissé la Grèce se débrouiller seule » avec les réfugiés et lui inflige un « état d'occupation » (privatisations, coupes dans les retraites, humiliation), déçue par Tsipras, tout en reconnaissant la part de responsabilité des Grecs dans la « folie de consommer ». Elle rappelle que la Grèce est « les orientaux de l'Europe », pillée depuis le XIXe siècle, et que « l'État a toujours été un ennemi » pour le Grec depuis l'époque ottomane. Elle déplore le passage à une « ploutocratie », la vente d'armes par la France, et affirme, sans faire l'apologie du terrorisme, qu'« on récolte ce qu'on a semé ». Elle se décrit comme colérique et mélancolique (tournée vers le passé), frugale, végétarienne de plus en plus, et espère que les jeunes qui retournent à la campagne et vivent de peu « tireront les leçons » ; la poésie et la musique la consolent.

Excerpts

“« Privée de mon pays, j'ai compris que ma vraie patrie, la seule qu'on ne pouvait me prendre, c'était ma langue. [...] C'est pour ça que j'ai pris la décision de ne chanter qu'en grec. »”

“« Je ne peux pas vivre une journée sans qu'il y ait des vers qui arrivent dans ma tête, des vers de poètes qui me disent : ah oui, elle est là. [...] Les poètes sont des êtres exceptionnels, et la poésie existe pour que la mort ne soit pas le dernier mot. »”

“« Je ne peux pas concevoir qu'un artiste ne veuille pas témoigner de son temps. [...] Ça ne m'intéresse pas, les gens qui me parlent des petites fleurs et de l'amour tout le temps. J'ai envie que l'artiste me fasse me poser des questions. »”