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Barthes, Roland

sémiologue et critique

Roland Barthes - Entretien (Les sens de l'image)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quinze minutes ; transcription automatique par endroits déformée ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Dénotation et connotation. Barthes explique que la culture de masse (presse, radio, télévision) prétend nous livrer une information littérale et objective : une photographie de presse serait une copie brute de la réalité enregistrée « mécaniquement ». Or aucun message de masse ne véhicule seulement ce sens premier : s'y ajoute un sens second, associé, fait de significations idéologiques, affectives et mythologiques diffuses. Il appelle dénotation le plan du sens littéral et connotation celui de ce sens second. Son exemple : la photo, en couleurs en première page d'un hebdomadaire illustré, d'un soldat noir en uniforme français saluant le drapeau tricolore. Au niveau dénoté, c'est « un soldat en uniforme français salue le drapeau » ; au niveau connoté, tous les lecteurs reçoivent le message politique d'un empire colonial dont les peuples reconnaissent leur allégeance à la France.

Comment la connotation est fabriquée. Il distingue plusieurs procédés : le trucage pur et simple (il cite une photo américaine rapprochant un candidat sénateur d'un leader communiste), le choix et le tri parmi les photographies disponibles, la légende, qui dirige le sens et peut aller dans le sens de l'image ou le contredire (exemple de la reine Élisabeth et du prince Philip descendus d'un avion qui avait frôlé l'accident, dont les visages auraient été présentés comme « angoissés » alors que le sujet ne le savait pas encore), le contexte et le décor autour du sujet (la bibliothèque et le costume du président de la République pour signifier autorité et respectabilité), et la séquence de plusieurs photographies, comme dans un roman-photo (il cite une série sur le président Auriol à la chasse, devenue humoristique par l'enchaînement). Cela tient au fait que l'image est « constitutivement polysémique », ce qui permet une « cuisine » du sens.

Une image est-elle un langage ? Barthes distingue le langage de la langue : une seule image a déjà une « maturité linguistique », car même une publicité qui ne montre qu'un objet n'est pas un simple « mot » mais déjà une phrase élémentaire (« voici cette automobile »), voire un pictogramme ou un idéogramme, dont chaque élément a la valeur globale d'une proposition ; une voiture présentée dit au moins qu'elle est parfaite, séduisante et désirable. Il note que le comique est une mise en relation, d'où la difficulté d'une photographie seule à être comique.

Symboliser, besoin vital de l'homme. Il soutient que la société a un besoin vital de produire et de consommer des symboles : symboliser est une fonction proprement humaine (les animaux ont des systèmes de communication, mais pas de symbolisation), et l'impuissance à symboliser serait liée à certaines maladies psychiques graves. Une société qui censure trop violemment ses symboles est « malade » et dangereuse. L'image, polysémique, est un « extraordinaire véhicule et formateur de symboles ».

Éducation à l'image. Dans un contexte d'« aliénation politique », il plaide pour deux règles complémentaires, à enseigner dans le cadre d'une « culture audiovisuelle » : d'une part favoriser une prolifération aussi riche et libre que possible de symboles, et accepter la polysémie de l'image (alors que l'enseignement des textes littéraires réduit souvent un poème ou une tragédie à un seul sens) ; d'autre part apprendre à lire les images dans un esprit critique, sans subir passivement ni « magiquement » leur fascination.

Excerpts

“« Elle est fondamentalement, constitutivement polysémique. »”

“« Symboliser est une fonction absolument vitale pour l'homme. »”

“« Ne pas se laisser fasciner, endormir par l'image. »”