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Onfray, Michel

philosophe, auteur de « Politique du rebelle », Grasset

Michel Onfray - Discussion : Du bon usage de la révolte

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée, quelques passages inintelligibles ; les passages incertains sont omis ou rapportés avec prudence)

Core ideas

L'émission part du constat que l'idée révolutionnaire est « irrémédiablement compromise » par le communisme et que c'est plutôt l'idée de révolte qui bénéficie de son éclipse. Onfray propose d'« achever Mai 68 » (au sens de le parachever, non de l'enterrer) : activer une « mystique de gauche » héritée de la Révolution française, 1848, du Front populaire (congés payés) puis de Mai 68 (explosion libertaire), en s'attachant aux marges et aux opprimés (statut des femmes, question juive, immigration, éducation, condition ouvrière, critique des « chiens de garde »). Taminiaux accepte l'idée de « faire fructifier » l'héritage mais souligne que le contexte a changé (plein emploi des années 60 contre chômage de masse, question de l'étranger et de l'immigré devenue centrale), et estime que la révolte culturelle de 68 a largement triomphé : la société est désormais gouvernée par la « passion du bien-être » (il cite Tocqueville, l'« amour du bien-être » que l'égalité favorise, et l'exemple d'un documentaire télévisé sur le stress à l'école). Onfray répond qu'il est temps de construire après la « table rase » : repenser l'école sans retour au pouvoir autoritaire, avec un professeur doté d'autorité (compétence, séduction) mais pas d'« autoritarisme ».

La discussion devient un débat sur l'hédonisme : Onfray défend une conception nietzschéenne et libertaire (« jouir et faire jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne », formule de Chamfort) et distingue son hédonisme du consumérisme de la société de consommation, qui l'aurait récupéré ; Taminiaux objecte que l'individualisme égoïste, le ludisme (Duchamp, dadaïsme) et la gratification immédiate de 68 sont désormais repris par le libéralisme et que l'« être ensemble » et l'amour du monde doivent être retrouvés ; Onfray concède l'ambiguïté (individualisme contre égoïsme) mais refuse que l'idéal libertaire soit « réalisé » par le libéralisme. Il répond à la figure du « dernier homme » de Nietzsche en disant que son idéal n'est pas celui-là, défend l'usage de drogues douces, rejette les drogues dures (« triomphe de la pulsion de mort ») et juge que la pauvreté nouvelle est produite par la société de consommation capitaliste et non par l'hédonisme ; il propose l'hospitalité (qu'il distingue de l'« amour du prochain ») comme vertu de la mystique de gauche.

Dans la dernière partie, le thème est la révolte elle-même. L'animateur observe que la société d'aujourd'hui « fonctionne à la révolte » et la célèbre (concours de paroles de révolte, valorisation de la subversion), et se demande si c'est une révolte vraie ou récupérée ; il cite des exemples (agressions de chauffeurs d'autobus, malades de l'amiante, militants contre le sida qui parlent « le langage de la révolte, jamais celui de la gratitude »). Onfray répond qu'il faut d'abord comprendre pourquoi les gens en arrivent là, que toutes les révoltes sont « fondées et logiques » mais qu'elle ne doit pas être une fin en soi et qu'elle doit être entendue et mise en forme politiquement (de Gaulle en 1968, selon lui) ; il préfère l'« homme révolté » (Camus) aux « révolutionnaires », et défend une patrie « libertaire » (les résistants). Taminiaux, à partir de la révolte hongroise de 1956, souligne le paradoxe d'une insurrection radicale fondée sur un compromis politique (« socialisme à visage humain », compatriotes plutôt que camarades) et plaide pour la modération : les effondrements pacifiques de 1989 lui semblent montrer qu'une radicalité armée n'est pas toujours la voie (il cite de Gaulle et le dalaï-lama).

Excerpts

“« L'idéal hédoniste, c'est ce qu'exprime la formule de Chamfort : jouir et faire jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne. [...] Je ne suis pas hédoniste au sens où l'hédonisme serait accéder à la mode, aux voitures dont la publicité nous fait la promotion. Une jouissance sans conscience n'a aucun sens. »”

“« J'aimerais que le professeur ne soit pas autoritaire, mais qu'il ait de l'autorité. [...] Le professeur autoritaire, c'est celui qui fonde son savoir sur l'institution et pas sur la compétence ; le professeur qui a de l'autorité, c'est celui dont on a reconnu la compétence. »”

“« Je trouve que les révoltes sont fondées et logiques, simplement laisser la révolte comme une fin en soi, je ne trouve pas ça défendable. [...] Il s'agit de savoir pourquoi et comment elle fonctionne : tâcher de comprendre. »”