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Dupieux, Quentin

cinéaste, réalisateur du « Daim » avec Jean Dujardin et Adèle Haenel

Quentin Dupieux - Entretien (Par les temps qui courent)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, quelques noms et titres altérés ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

L'entretien s'ouvre sur la présentation du « Daim » : un homme (Georges, joué par Jean Dujardin) qui échoue dans un bar de village, après avoir acheté un blouson en daim, y rencontre une serveuse (Denise, Adèle Haenel) passionnée de cinéma, et se fait passer pour cinéaste. Dupieux commence par réagir aux étiquettes qu'on lui colle (« déjanté, loufoque, absurde, trublion ») : il dit chercher à toucher les gens « par derrière » grâce au rire, la comédie n'étant pas pour lui un but en soi mais un moyen, et accepte qu'on regarde ses films comme un simple divertissement, qu'il juge une fonction importante du cinéma. Sur le cadre (époque, lieu), il refuse toute justification rationnelle : il est « à la recherche de sensations », comme un peintre qui choisirait un tronc marron puis orange ; avec sa femme Joan (nom transcrit), directrice artistique, il compose des mondes cohérents (le « film marron », le daim) et n'aime pas situer l'histoire dans un temps ou un lieu précis. Il rejette le mot « cinégénique » (cinéma standardisé) et dit que « filmique » ne veut rien dire.

Il se définit comme artiste (mot qu'il juge galvaudé) : faire du cinéma comme un artiste dans une industrie coûteuse est presque « incohérent », mais il a « forcé la porte » à l'usure, gagnant la confiance de ses producteurs et un public croissant sans changer ses films, tout en reconnaissant que des acteurs comme Jean Dujardin « font exister » le film. Il évoque son parcours de court-métrages tournés entre copains, le « cinéma commando » encore possible et son fantasme du « film gratuit ». Un extrait de Bertrand Blier (1994) sur le fait de « se déshabiller » film après film l'amène à dire que « Le Daim » est son premier film réaliste, tourné comme un « premier film » (caméra à la main, moins de techniciens, plus de responsabilités techniques, recherche de la peur de l'amateur), tout en précisant qu'il n'écrit pas sur lui-même : il fait appel à l'inconscient et ce qui ressort lui échappe. Il présente son « radar à l'ennui » comme sa principale qualité : il se dit mauvais technicien et « mauvais auteur » mais bon monteur, et critique l'ennui d'une époque (séries étirées, standards cinématographiques usés ; il cite l'exemple du premier épisode de « Breaking Bad »).

Autour du « no reason » (la séquence d'introduction du film « Rubber » : tout grand film contient une part de « aucune raison » parce que la vie en est pleine), il explique qu'il s'est lassé des « pirouettes » et de la mise à distance, et que le rire reste son moteur : dans un dîner, il suffoque quand tout le monde est sérieux, il aime quand tout le monde rit. Le blouson en daim est lui-même un « no reason », et il a renoncé à des scènes expliquant pourquoi le personnage quitte sa vie. À propos de la durée, il cite Chantal Akerman (la seule chose qui résiste est de demander aux gens de rester du temps devant une image) et dit faire des films très courts (ici 1 h 17) mais lents, avec des plans-séquences où les acteurs laissent des « trous », des hésitations de la vraie vie, contre le montage « hystérique » de la comédie récente ; il oppose ces silences à ce que les formats pour téléphone coupent. Il explique enfin l'adhésion de ses interprètes (Éric (Judor) et Ramzy, premiers à rire de son premier film, Alain Chabat, Dujardin qui connaissait peu son cinéma, Adèle Haenel qui n'a accepté que si Denise était « aussi folle » que Georges, une consigne qui a transformé le personnage sans changer une ligne) et refuse de revendiquer un discours féministe tout en disant que, dans sa vie comme dans le film, « sans les femmes » les hommes (qu'il juge « un peu comme des labradors ») ne font rien ; il raconte que la scène finale du blouson porté par Adèle a été improvisée par elle, après la fin du tournage.

Excerpts

“« Moi je le dis tout le temps, mon axe principal quand j'écris un film, c'est la comédie, c'est faire rire, de divertir, mais c'est évidemment une façon de toucher des gens par derrière, comme taper sur l'épaule par derrière d'une certaine façon pour créer une réaction. Quand on voit mes films, on se rend bien compte que c'est pas la comédie pour la comédie. »”

“« J'ai une espèce de radar à ennui qui est je pense ma principale qualité. Je suis pas un très bon technicien, pas un très bon réalisateur, un peu feignant, mais j'ai ce radar de l'ennui qui me protège de plein de trucs : la complaisance, le "j'ai déjà fait, je peux le faire", "tiens, tu mets la caméra là, et puis moi je vais boire un café". »”

“« Il y a un petit moment où on a une réplique qui se déclenche pas. [...] On a tendance à créer des automatismes dans la mise en scène avec les répliques qui viennent à un moment précis, mais quand on laisse faire les comédiens sur le tempo, on retrouve des trucs de la vraie vie. Dans un film comme celui-là, ce qui compte, ce n'est pas l'information, c'est la sensation. »”