Foucault, Michel
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Core ideas
La première partie (séance du 28 janvier) part de l'idée que la guerre a longtemps constitué un modèle d'intelligibilité des rapports sociaux. Foucault analyse d'abord le discours historique traditionnel, de l'Antiquité au Moyen Âge, comme un rituel du pouvoir : une cérémonie qui renforce la souveraineté par deux faces, le lien juridique (l'obligation, la continuité de la loi) et l'éclat (la gloire, l'exploit des fondateurs). Il distingue trois fonctions : généalogique (l'ancienneté du droit du souverain), mémorisation (les annales qui montrent que rien de ce que font les rois n'est vain) et la mise en circulation d'exemples, ces deux aspects correspondant à la double représentation indo-européenne du pouvoir (Jupiter, dieu à la fois du lien et de l'éclat).
À la fin du Moyen Âge et au XVIe-XVIIe siècle apparaît, selon lui, une contre-histoire : une histoire de la lutte des races (au sens d'un clivage historico-politique, pas d'abord biologique), qui ne parle plus au nom d'une unité du peuple et de son monarque mais montre que le droit et la gloire du pouvoir cachent la violence de conquêtes (les Normands contre les Saxons, les Francs contre les Gallo-Romains). Cette histoire ressemble plus à la prophétie biblique (Jérusalem contre Babylone/Rome) qu'à la légende romaine : elle est prise de parole de ceux qui n'ont pas la gloire, déchiffrement des secrets, revendication de droits. Elle circule ensuite très largement (radicalisme anglais du XVIIe siècle, réaction aristocratique française, histoire du Tiers État, colonisation) et nourrit l'idée même de révolution, dont Marx lui-même, rappelle-t-il, reconnaissait la dette envers les historiens français de la lutte des races.
Au XIXe siècle, ce discours se scinde : la lutte des races devient, d'un côté, lutte des classes, de l'autre, un discours biologique et médical de la protection de la race, que l'État retourne à son profit, d'où un « racisme d'État ». Foucault distingue deux transformations au XXe siècle : la version nazie, qui réinscrit le racisme d'État dans la vieille légende des races, et la version soviétique, qui rabat le discours révolutionnaire sur la gestion de l'ennemi de classe comme danger biologique par une police médicale.
La seconde partie (séance du 17 mars) développe le biopouvoir. Foucault part du droit de souveraineté (« faire mourir ou laisser vivre », un droit toujours déséquilibré du côté de la mort) auquel s'ajoute, à partir du XVIIIe-XIXe siècle, un pouvoir inverse : « faire vivre et laisser mourir ». Il distingue deux technologies : la discipline, qui s'applique aux corps individuels (surveillance, dressage, séries), et la régularisation (« biopolitique de l'espèce humaine »), qui s'applique à la population comme masse affectée de processus biologiques (natalité, mortalité, longévité, endémies, vieillesse, accidents, milieu urbain), avec statistiques, démographie, assurance, hygiène publique. Elles s'articulent (cité ouvrière, sexualité), la sexualité étant au carrefour du corps et de la population. La mort devient ainsi privée et honteuse, puisque le pouvoir s'exerce sur la mortalité et non sur la mort ; Foucault prend l'exemple symbolique de Franco, dictateur du droit de vie et de mort, maintenu en vie par la médecine.
Comment un tel pouvoir peut-il tuer ? Par le racisme, qui introduit des coupures dans le continuum biologique de l'espèce et établit une relation de type biologique (plus les « inférieurs » disparaissent, plus l'espèce est saine) : le racisme est « la condition d'acceptabilité de la mise à mort dans une société de normalisation ». Il illustre ce schéma avec le nazisme, qui fait coïncider un État de régulation et d'assurance (disciplinaire, biologique) avec le déchaînement du droit souverain de tuer, y compris envers sa propre population, d'où un État « absolument meurtrier et absolument suicidaire ». Il ajoute que cette mécanique est inscrite dans le fonctionnement de tous les États modernes, capitalistes comme socialistes, et évoque les paradoxes aux limites du biopouvoir (le pouvoir atomique, la fabrication du vivant).
Excerpts
“« Le discours de l'historien, on peut le comprendre comme une sorte de cérémonie parlée ou écrite, qui doit produire dans la réalité à la fois une publication du pouvoir et un renforcement de ce pouvoir. [...] Le joug de la loi et l'éclat de la gloire paraissent les deux faces par lesquelles le discours historique vise un certain effet de renforcement du pouvoir. »”
“« Le droit de souveraineté, c'est celui de faire mourir ou de laisser vivre. Et puis c'est le nouveau droit qui s'installe, c'est le droit de faire vivre et de laisser mourir. »”
“« Le racisme, c'est la condition d'acceptabilité de la mise à mort dans une société de normalisation. [...] Les États les plus meurtriers sont en même temps forcément les plus racistes. »”