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Camus, Albert

écrivain

Albert Camus : Discours de réception du Prix Nobel (1957)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un discours d'environ dix minutes ; transcription automatique correcte dans l'ensemble, avec quelques déformations ponctuelles dans la seconde moitié)

Core ideas

La gratitude et le désarroi. Camus commence par dire à quel point la distinction dépasse ses mérites personnels : « presque jeune », habitué à la solitude du travail et à l'amitié, avec une œuvre « encore en chantier », il a reçu la nouvelle avec une sorte de panique, à l'heure où d'autres écrivains parmi les plus grands sont réduits au silence en Europe et où sa terre natale connaît un malheur incessant. Pour retrouver la paix, il s'est appuyé sur ce qui l'a soutenu toute sa vie : l'idée qu'il se fait de son art et du rôle de l'écrivain.

L'art n'est pas une jouissance solitaire. Camus affirme qu'il ne peut pas vivre sans son art, mais qu'il ne l'a jamais placé au-dessus de tout : il lui est nécessaire parce qu'il ne le sépare de personne et lui permet de vivre « au niveau de tous ». L'art est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image des souffrances et des joies communes. L'artiste se forge dans un va-et-vient entre la beauté dont il ne peut se passer et la communauté à laquelle il ne peut s'arracher ; les vrais artistes « ne méprisent rien », s'obligent à comprendre au lieu de juger, et le seul parti qu'ils puissent prendre est celui d'une société où, selon le mot de Nietzsche, règnera non plus le juge mais le créateur.

Les deux charges de l'écrivain : la vérité et la liberté. L'écrivain ne peut se mettre « au service de ceux qui font l'histoire », mais seulement au service de ceux qui la subissent ; sinon, il se retrouve seul et privé de son art. Le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à le tirer de son exil chaque fois qu'il n'oublie pas ce silence et le relaie par les moyens de l'art. La noblesse du métier d'écrire tient à deux engagements difficiles : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression, puisque la vocation de l'écrivain est de réunir le plus grand nombre d'hommes, ce que le mensonge et la servitude, qui font proliférer les solitudes, rendent impossible.

Sa génération. Camus parle des hommes nés au début de la Première Guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment de l'installation du pouvoir hitlérien et des premiers procès révolutionnaires, puis ont connu la guerre d'Espagne, la Seconde Guerre mondiale, l'univers concentrationnaire, l'Europe de la torture et des prisons, et doivent désormais élever leurs fils et leur œuvre dans un monde menacé de destruction nucléaire. Il refuse le nihilisme de ceux qui revendiquaient « le droit au déshonneur », tout en comprenant leur erreur, et décrit une génération qui a dû « naître une seconde fois » et se forger un art de vivre. Sa tâche, dit-il, n'est pas de refaire le monde mais d'empêcher que le monde se défasse, d'établir entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, de réconcilier travail et culture et de refaire « une arche d'alliance » avec tous les hommes.

Modestie et dédicace. Il termine en refusant la posture du prédicateur de vertu : l'écrivain, « sans cesse partagé entre la douleur et la beauté », ne peut offrir ni solutions toutes faites ni belles morales, mais seulement une vérité « mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir » et une liberté « dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante ». Il avoue sa nostalgie de la lumière et du bonheur de la vie libre où il a grandi, qui explique ses erreurs mais l'aide à rester auprès des hommes silencieux. Il offre la distinction comme un hommage à tous ceux qui ont partagé le même combat sans en tirer de privilège, et renouvelle la promesse de fidélité que chaque artiste se fait chaque jour à lui-même « dans le silence ».

Excerpts

“« Le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression. »”

“« Sa tâche est peut-être plus grande : elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »”

“« L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. »”