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Nouvel, Jean

architecte

Jean Nouvel - Entretien (Masterclasse)

Artesquieu · Jun 19, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, notamment pour les noms propres et chiffres ; les passages incertains sont signalés ou omis)

Core ideas

Nouvel dément avoir voulu être peintre : fils d'enseignants, il a choisi l'architecture comme une « astuce » pour entrer aux Beaux-Arts sans devenir ingénieur ou professeur, avec l'idée de bifurquer plus tard, ce qu'il n'a jamais fait. Il refuse de se dire « artiste » (en 1970 il a même exposé une « attestation sur l'honneur » de n'en être pas un) : l'architecte a d'abord un rôle social (investir l'argent au bon endroit, construire du durable), et il déplore que les décisions d'urbanisme soient prises par des technocrates qui laissent à l'architecte le seul choix d'une façade. Sa formation passe par Claude Parent (compagnon de route de Paul Virilio, théoricien de « la fonction oblique », opposé au fonctionnalisme de Le Corbusier et à l'enseignement des Beaux-Arts) puis par la création, en 1976, du Mars 1976 (mouvement des jeunes architectes lauréats de concours qui s'insurgent contre l'application d'un même plan d'urbanisme à toutes les villes) et du Syndicat de l'architecture. Il juge que le combat continue : il propose qu'un président de la République crée une « maison pour tous » dans chacun des quelque mille quartiers difficiles (lieu de rencontre, de travail et de cultures de toute nature, tags et musique compris) et arrête l'étalement urbain en ceinturant les villes d'un chemin de ronde agricole.

Il retrace ses réalisations : une première villa en béton brut refusée comme diplôme en 1968, l'Institut du monde arabe (gagné en concours à environ 35 ans sous Mitterrand, « architecture de situation » dialoguant avec Notre-Dame, avec un « squelette à l'intérieur »), la Fondation Cartier (jeux de reflets et d'immatérialité, après le projet annulé de la Tour sans fin), le musée du quai Branly (un bâtiment au milieu du site, matériaux « pauvres », pas de références occidentales ni de marbre, un jardin de Gilles Clément, une couleur liée aux collections et une volonté de ne pas « faire du Disney »), la Philharmonie de Paris (une salle « en oignon » protégée du périphérique, colline sur laquelle on monte, « de là on voit Montmartre », objet d'un procès pour des malfaçons) et les tours Duo. Il définit sa méthode comme « contextuelle » : à chaque projet il est « incompétent » et doit chercher les raisons d'être du lieu, « la pièce manquante du puzzle », avec un partenaire local ; il se bat contre le « clonage architectural » et écrit qu'un bâtiment sans racines ne devrait pas exister.

Sur le travail, il compare l'atelier au cinéma (division du travail, une vingtaine de profils, un « générique » aussi long qu'un film), se dit incapable de dessiner à l'ordinateur et délègue aux ingénieurs (musée national du Qatar, tour de Bangkok de 15 mètres de large sur 330 de haut), tout en soutenant que l'essentiel reste « la matière grise ». Il dessine « avec le doigt dans la nuit », au réveil, laissant le projet « se promener dans sa tête » jusqu'à une évidence, et dit que le plus difficile est d'attendre. Il évoque l'immeuble de logements de Nîmes, construit hors normes avec une dérogation expérimentale, que la mairie suivante a voulu remettre aux normes, forçant des habitants à partir. Il revendique un grand nombre de projets non réalisés (« une œuvre de papier »), a des rapports « difficiles » avec la critique française, tient aux prix de ses pairs (médaille du RIBA, Pritzker) tout en disant que la postérité concerne le bâtiment, pas l'architecte, n'a jamais enseigné (l'enseignant révèle l'élève à lui-même, et il n'a pas le temps), se dit fier de ses anciens collaborateurs (Myrto Vitart, Jean-Marc Ibos), considère ses meubles comme « de petites architectures », s'oppose aux villes nouvelles (« rien de pire pour l'architecture que l'urgence ») et n'a jamais construit sa propre maison.

Excerpts

“« Un architecte ne peut pas s'abriter derrière sa condition d'artiste pour faire ce qu'il a envie de faire : l'architecture, c'est d'abord utile, on a d'abord un rôle social, on doit investir de l'argent au bon endroit et faire en sorte que ça résiste. [...] Je crois qu'il faut absolument, d'urgence, que ce rôle s'applique au développement urbain, à tous les quartiers. »”

“« Chaque fois qu'on arrive sur un projet, on est incompétent, parce qu'on ne sait pas la situation. [...] Il faut aller chercher les raisons de l'existence du lieu tel qu'il est, et puis trouver les raisons de compléter ce lieu : c'est ce que j'appelle la recherche de la pièce manquante du puzzle. »”

“« Je dessine avec mon doigt dans la nuit. Je ramasse toutes les informations, parce que le pire qui puisse m'arriver, c'est qu'un paramètre soit oublié : l'architecture, c'est l'art de la synthèse. [...] Quand je me lève, il y a une évidence, c'est un signe clair. »”