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Peyrade, Pauline

autrice dramatique et romancière

Pauline Peyrade - Entretien (L’âge de détruire)

Artesquieu · Sep 12, 2023 · partial coverage

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Coverage note: full pour l'entretien avec Pauline Peyrade (environ la moitié de l'émission) ; les trois autres segments de l'émission (une chronique de bande dessinée, un point sur la future Cité internationale de la langue française, un entretien avec le chorégraphe François Benahim) sont résumés brièvement ci-dessous

Core ideas

Peyrade explique qu'elle n'a pas de souvenir précis des livres de son enfance, sinon l'importance silencieuse de ceux de son grand-père maternel ; elle écrit des histoires dès cinq-six ans, mais sans pratique continue pendant l'adolescence. Une lecture majeure est celle de Jean Genet (Les Bonnes, Le Balcon, étudiés en classe préparatoire), qui lui a révélé le « métathéâtre » : la réflexion sur la forme portée à l'intérieur même de l'œuvre, la forme comme regard et discours sur une situation. Passée par la Royal Academy of Dramatic Art puis l'ENSATT (dont elle est aujourd'hui enseignante-correspondante au département Écrivain-dramaturge), elle dit y avoir surtout appris à « lire et se lire », car on passe plus de temps à relire un texte qu'à l'écrire, et à devenir la lectrice « naïve » de son propre texte.

Elle présente son compagnonnage avec l'artiste de cirque Justine Berthillot (compagnie Morgane), née d'un Sujet à vif à Avignon en 2015, comme une rencontre entre texte, littérature et mouvement, centrée sur des parcours de femmes en lutte et en oppression. Des femmes qui nagent est un texte-fresque de fragments sur les actrices et réalisatrices du cinéma (images de films, séances photo, interviews), où Chantal Akerman et Delphine Seyrig sont des références importantes et où la chanson de Kills (dans Titane) a sa place. Ses pièces, dit-elle, partent souvent d'une situation, d'une solitude, souvent féminine, d'une obsession, puis rencontrent une indignation personnelle : elle cherche contre quoi lutte le personnage, avec quelles armes, et ses textes racontent souvent « la prise d'armes », le moment où l'on comprend qu'il y a une oppression à l'œuvre.

L'Âge de détruire raconte une journée de duel entre Elsa et sa mère dans un appartement, à sept ans puis vingt ans plus tard ; le livre n'est apparu qu'en les réunissant dans l'appartement (devenir propriétaire fige la mère et la dérègle), et elle a voulu rendre le caractère sans contour, dilué, de la violence intrafamiliale sans désigner un coupable, par petites touches, à travers ce que ressentent le corps de la fillette et les objets, laissant au lecteur le soin de comprendre. Elle cite une archive de Bernard Lambert (graphie de la transcription) (traumatisme qui commence dans l'événement violent lui-même) et une phrase de Dans la maison de l'ogre (« une autre manière de dévorer ses enfants que de les engloutir dans la béance de sa blessure »), ainsi que Virginia Woolf, dont elle a emprunté le titre au journal (« l'âge de comprendre, l'âge de détruire »), modèle tutélaire pour la réinvention de la langue. Elle prépare avec Justine Berthillot une adaptation sur plateau fondée sur l'appartement, les objets, le mouvement et la lecture, et sent que le roman a déplacé son écriture théâtrale, à la fois fragilisant et rassurant.

Les autres segments de l'émission : une chronique sur la bande dessinée Tous les vivants de Romane Muradov (une jeune femme revenue d'un purgatoire-loterie où elle s'était suicidée, en noir et blanc avec des touches de couleur) ; un entretien avec Paul Rondin sur l'ouverture prochaine, au château de Villers-Cotterêts, de la Cité internationale de la langue française et de la Francophonie (parcours permanent, spectacles, forêt, langue comme « corps vivant ») ; et un entretien avec François Benahim sur Facétie, pièce de danse comique créée avec son frère Christian, inspirée du cinéma muet burlesque et de la danse macabre.

Excerpts

“« Ce qu'on apprend surtout, je crois, c'est à lire et à se lire, parce que finalement, quand on écrit un texte, on passe peut-être plus de temps à le lire qu'à l'écrire. [...] Il y a souvent un gouffre entre ce qu'on veut faire et ce qu'on fait, et être capable de mettre de côté ce qu'on veut faire pour être vraiment lectrice naïve face au texte qui arrive. »”

“« Souvent c'est des femmes seules, une obsession. [...] Plus le personnage prend forme, plus ça vient rejoindre chez moi des endroits de colère et d'indignation. La question que j'essaie de creuser, c'est : contre quoi lutte ce personnage et quelles sont ses armes pour y arriver ? Mes textes racontent souvent la prise d'armes, le moment où on comprend qu'il y a une oppression à l'œuvre. »”

“« J'ai essayé de rendre sensible ce côté sans contour, complètement dilué, de cette violence intrafamiliale qui se passe dans le huis clos de cet appartement, sans en rendre un personnage responsable mais comme quelque chose qui se passe. [...] Le personnage n'est pas du tout au stade où il comprend ce qui se passe : elle absorbe ce qui se passe, c'est la lecture qui permet de le comprendre. »”