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Gomez-Mejia, Gustavo

chercheur en sciences de l'information et de la communication, sémiologue, auteur de Les fabriques de soi ? Identité et industrie sur le web, éditions MKF, collection « Les essais numériques »

Gustavo Gomez-Mejia - Les fabriques de soi (L'identité)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (émission d'environ une heure ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur plusieurs noms propres d'archives, laissés de côté ou hédgés)

Core ideas

Pourquoi parler d'identité ? L'émission s'ouvre sur « Who needs identity ? » de Stuart Hall (1996), qui constatait déjà l'explosion des discussions autour de ce concept et concevait l'identité comme un processus et non une donnée fixe, articulant lutte contre les inégalités héritées de l'esclavage et du colonialisme, reconnaissance des identités culturelles et vigilance envers la croyance en leur « vérité intrinsèque ». Gomez-Mejia se réfère à Hall pour penser les identités à la fois comme « extase » de l'expression de soi et comme « assujettissement » : être constitué en sujet.

Un matériau de recherche : les captures d'écran et les « discours d'accompagnement ». Formé comme sémiologue, il a constitué son corpus à coups de captures d'écran (sites de pornographie amateur et clones de MySpace, puis Facebook, Twitter, YouTube, Instagram) en se déplaçant par « cercles de contacts » comme dans une dérive en ligne ; il regarde « le creux » (les formats, les structures éditoriales proposées par défaut) autant que les contenus, et lit les discours d'accompagnement (presse, blogueurs influents).

Le profil : formatage identitaire et métaphores affectives. Le « profil » est, dit-il, le produit vedette des industries numériques : un formulaire administratif (certaines questions obligatoires) par lequel l'expression personnelle s'inscrit à l'écran en traits identitaires, moment « disciplinaire » mais vécu dans l'euphorie de rejoindre un monde d'amis. Le vocabulaire (« partager », « j'aime », « amis ») injecte « une forte dose d'imaginaire chaleureux communautaire » et d'obligations symboliques, que personne n'interroge plus à force d'accoutumance ; les noms eux-mêmes sont des programmes métaphoriques (My-space, Face-book, You-Tube). Les politiques éditoriales évoluent selon la rentabilité (cover photos, bandeaux d'images pour « appeler au clic »), les images atténuant la rigueur de « l'économie scripturaire » (Michel de Certeau).

« You », l'interpellation et le miroir sans tain. La couverture du Time du 25 décembre 2006 (« You », un miroir encadré en lecteur YouTube) marque pour lui l'instant où Internet accède au statut de média de masse : une interpellation (au sens de Hall) illusoire, énoncée par un conglomérat (Time Warner) à travers un pronom personnel, rappelant Adorno (l'industrie culturelle parle « avec la voix du loup déguisé en grand-mère ») ; quatre ans après, la une est Mark Zuckerberg : le miroir est brisé et laisse voir une base d'audience. Il propose l'image du miroir sans tain : d'un côté on se voit, de l'autre quelqu'un nous observe, mais sans identité stable de l'autre côté (algorithmes, community managers, acteurs intéressés), d'où une dérive possible vers l'imaginaire paranoïaque.

Identité et actualité : le récit de soi chronométré. À partir d'une archive de 2007 (un utilisateur qui « actualise ce qu'il fait » sur Facebook, mêlant vie quotidienne et rapports professionnels), il défend que l'identité numérique n'est pas seulement traces et exhibitionnisme mais un récit de soi soumis à une valeur d'actualité : le fil d'actualité, le scroll et les questions « Qu'est-ce qui se passe ? » (Twitter) / « À quoi pensez-vous ? » (Facebook) invitent à miniaturiser sa vie en « bribes » de statuts et à se demander ce qui est digne d'un post, le plaisir de consommation venant du chronométrage des postes qui se chassent les uns les autres.

La « conscription » : s'écrire ensemble. Reprenant un mot de son directeur de thèse (Bruno Ollivier), Gomez-Mejia appelle « conscription » (littéralement « écrire ensemble ») l'écriture automatisée de noms et de photos de profil assemblés en listes (les « j'aime », le mur, la mosaïque, le trombinoscope, les listes de l'armée ou de l'école) : un sentiment d'appartenance fabriqué par des assemblages ponctuels, à l'échelle personnelle (un groupe d'amis autour d'un contenu) comme industrielle (les partenaires qui créent leur « base de fans »). Il lit ces réseaux comme des lieux de production industrielle de valeurs : l'actualité (aujourd'hui le « buzz ») et la popularité, des valeurs de la publicité (Barthes), d'où le bouton « j'aime » sans « je n'aime pas », contraire au modèle économique du site.

Supermarché identitaire, polarisation et injonction du drapeau. Par l'exemple de pages qui placent sur le même plan « J'aime Nutella », « J'aime Sarkozy » ou « J'aime Ségolène Royal », il décrit un « supermarché identitaire » d'énoncés fabriqués en série (verbes imposés, banque d'objets promotionnels) qui n'organise pas l'espace du désaccord et peut favoriser « prêcher des convertis » et la radicalisation. Il commente aussi le filtre tricolore proposé par Facebook après les attentats du 13 novembre 2015 (extrait d'une tribune lue sur le sujet) : la « grégarité des signes » (déjà vue avec « Je suis Charlie ») combinée à un traitement par défaut qui impose un symbole « consensuel » tout en laissant transparaître le visage de chacun, une uniformisation à moindre coût qui diminue la diversité des expressions de solidarité ; en dix ans, les réseaux sociaux sont devenus le réceptacle d'une expression collective « vernaculaire » du peuple. Faute de « dislike », la dysphorie passe par l'ironie cinglante ou le « clash », qui génèrent eux aussi des likes.

L'histoire d'Isabelle Le Mignon : l'identité dans l'état civil. En intermède, une généalogiste successorale raconte la petite-fille d'une défunte qui, à l'ouverture d'une succession, découvre sur l'acte de naissance de son père un désaveu de paternité, une légitimation, et ne sait plus de qui elle est la petite-fille ; la généalogiste explique par la loi des années 1940 (présomption légale de paternité du mari, divorce retardé par la guerre) que celui qu'elle avait connu comme son grand-père l'était probablement bel et bien : « l'état civil était mon allié » pour dissiper le doute.

Excerpts

“« le profil on pourrait dire que c'est le produit vedette des formatages identitaire des certaines industries numériques donc la forme qu'on a nommé réseau social est constitué d'un réseau du profil interconnectés entre eux »”

“« il me semble que la plus-value symbolique qu'apportent ces dispositifs vient du côté d'une écriture automatisée des noms qui sont amenés à s'écrire ensemble »”

“« voir dans ces réseaux sociaux non seulement des espaces formaté d'expression personnelle sur le web mais des lieux des productions industrielles des valeurs »”