Savitzkaya, Eugène
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partial (une rencontre d'environ une heure ; l'entretien est largement intelligible, mais les longues lectures de poèmes et de textes, en particulier celles des deux invités, sont très déformées par la transcription automatique et ne sont pas résumées en détail ; certaines lectures contiennent des passages crus ou érotiques qui ne sont pas rapportés)
Core ideas
Le format et les lectures. L'émission suit une formule fixe : un poète à l'honneur lit ses textes lors de deux séquences entrecoupées d'un entretien, puis invite deux jeunes auteurs à lire à leur tour. Savitzkaya, dont l'animateur rappelle l'œuvre variée (poèmes, romans, théâtre, cinéma, textes inscrits sur une esplanade de Liège ou sur des vitrines à Bruxelles, voyages en Russie, en Sibérie et en Ukraine), compose ses lectures « un peu au hasard » parmi ses livres. On y entend des extraits de « Règles de solitude » (sur les visages comme masques, la « tête de mort » que chacun garde en soi, les canalisations oubliées et un paillasson, avec le motif du corps et de l'écriture comme travail de mains), de « Marin mon cœur » (la mer, proche et lointaine), de « Des morts sont de bon geste » (titre transcrit de façon incertaine), de « Buffo Boffo bouffon », de « Cochon farci » et d'une œuvre collective sur le mont Athos et la Vierge, ainsi qu'une « Ode au paillasson » théâtrale et une pièce composée de questions en cascade. Ces textes mêlent de façon caractéristique le corps, l'animalité, le lisier, la nature, le sexe et la mémoire collective, dans une langue exubérante.
Lire à voix haute, écrire pour l'inconnu. Savitzkaya dit se méfier de l'entretien (« les mots sont poussés comme ça ») mais il aime la lecture publique, qui lui « fait beaucoup de bien » : ses premiers textes, écrits en Belgique, étaient destinés à être lus en public, et des recueils comme « Mongolie plaine sale » (titre transcrit de façon incertaine) sont faits pour être prononcés. Il dit que ses livres ne sont pas une parole définitive : des textes fixés par l'impression, qui lui servent encore de « matériaux » qu'il reprend. Il écrit d'abord pour des proches, puis pour l'inconnu, et voit dans l'écriture une manière de s'ouvrir complètement les sens et de se construire soi-même, comme le travail du peintre ou du cinéaste.
Des genres sans frontière, une écriture du plaisir. Pour lui, il n'y a « pas de coupure nette » entre poème, roman et texte de théâtre ; l'étiquette « roman » est surtout une nécessité éditoriale. Au théâtre, ce qui le séduit est l'œuvre collective qui se construit avec les acteurs et les metteurs en scène (il a fait trois pièces ainsi en Belgique). Il dit écrire sans « charpente » ni plan, en laissant le texte se construire peu à peu, parce que l'écriture doit rester plaisante, et revendique une « outrance » de la parole qui touche l'intimité des lecteurs. Il parle de la violence des mots comme reflet d'une violence du monde (les guerres continues depuis Napoléon) tout en rappelant une phrase entendue dans un film auquel il a collaboré : ne pas exagérer, les mots n'existent qu'en fonction des choses qu'ils désignent.
Animaux, enfance, langue, Belgique. Il explique la présence récurrente des animaux dans ses textes par le fait qu'il les a longtemps côtoyés davantage que les humains : ils vivent « en contact immédiat avec les choses », sans besoin de conscience. L'enfance est pour lui « une mine d'or », car l'enfant « voit juste » et apprend sans cesse ; interrogé sur l'enfant de Duras qui refuse d'aller à l'école, il répond avec scepticisme, jugeant les techniques pédagogiques encore imparfaites. Il dit écrire en français sans souci particulier du contexte linguistique belge, trouve la Belgique « burlesque » et à l'écart de Paris, ce qui facilite la « cogitation », et annonce un livre qu'il a écrit pour marquer la naissance de sa fille, après en avoir fait un pour son fils. À la question de Mathieu Lindon (quels mots emporter sur une île déserte), il répond avec humour : des jurons polonais.
Excerpts
“« Il faut que ce soit plaisant, sinon [...] je ne construis jamais de charpente, parce que, sachant où ça finit, il n'y a plus de raison de construire quelque chose. »”
“« L'enfant voit juste : son regard est clair, il ne s'encombre de rien, il est entier. »”
“« Les animaux sont ce monde libre, sans conscience : ils vivent immédiatement en contact immédiat avec les choses. »”